Côte d'Ivoire: «Il n'y a plus qu'une seule chose à faire: rester chez soi et attendre que ça se passe.»

TEMOIGNAGE Le pays tourne au ralenti ce vendredi, mais les Français expatriés craignent des dérapages à leur encontre...

Bérénice Dubuc, avec Corentin Chauvel

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Des supporteurs d'Alassane Ouattara célèbrent la victoire de leur candidat à l'élection présidentielle ivoirienne, le 2 décembre 2010.
Des supporteurs d'Alassane Ouattara célèbrent la victoire de leur candidat à l'élection présidentielle ivoirienne, le 2 décembre 2010. — REUTERS/Luc Gnago

Au lendemain de l’annonce de la victoire d’Allassane Ouattara à l’élection présidentielle ivoirienne et de son invalidation par le Conseil constitutionnel, la vie tourne au ralenti. En plus du couvre-feu, prorogé jusqu’à dimanche, l'armée a fermé jeudi soir et «jusqu'à nouvel ordre» les frontières du pays et les aéroports, et la diffusion des chaînes d’information étrangère a été suspendue. Les Français qui vivent en Côte d’Ivoire ressentent une tension plus vive que jeudi.

Elisabeth, qui vit depuis quatre ans à Abidjan, explique à 20minutes.fr qu’elle suit à la lettre les consignes de sécurité diffusées aux Français expatriés dans le pays: «Par mesure de précaution, je reste chez moi, et j’évite au maximum de sortir.» En effet, il est leur recommandé de limiter leurs déplacements, et le lycée français d’Abidjan a été fermé ce vendredi pour des raisons de sécurité, indique-t-on de source diplomatique.

«Certains collègues ivoiriens pleurent»

Des recommandations qu’Olivier, qui vit depuis deux ans à Abdijan, n’a pas suivies: ce chef de cuisine dans un hôtel de la capitale économique a préféré aller travailler. «Pour l'instant, ça va, je ne suis pas inquiet, mais il y a une baisse de moral au boulot. Certains collègues ivoiriens pleurent, ils sont tristes de voir leur pays dans les mains de gens comme ça», raconte-t-il.

Elisabeth indique que les rues sont calmes, et que l’activité à Abidjan est «très ralentie». «Certaines entreprises françaises ont demandé à leurs salariés de ne pas venir travailler aujourd’hui», précise-t-elle. Un ralentissement confirmé par Olivier, pour qui «dehors, c'est calme, mais c'est le calme avant la tempête». «Abidjan vit au rythme des rumeurs d'affrontements à venir, des gens disent que dans certains quartiers, on aiguise les coupe-coupe.»

Crainte de dérapages

Une inquiétude que l'ambassadeur de Côte d'Ivoire en France, Pierre Kipré, a tenu à dissiper ce vendredi matin sur Europe 1: les Français vivant en Côte d'Ivoire n’ont rien à craindre pour leur sécurité car «ils n'ont rien à voir dans nos problèmes», a-t-il dit. Pourtant, Olivier assure que, sur place, «la seule chose que les Français craignent, c'est que la presse dérape, que la France soit soupçonnée d'ingérence et qu'on devienne une cible».

Une inquiétude également évoquée par Bernard Sadet, élu de l’Assemblée des Français de l’étranger en Côte d’Ivoire, au vu de certains titres de journaux parus ce vendredi. «Ça risque d’être tendu cet après-midi dans les rues entre partisans des deux camps.» Selon lui, «il n’y a plus qu’une seule chose à faire: rester chez soi et attendre que ça se passe.»