Wikileaks et l'Afghanistan: Hamid Karzaï est paranoïaque, Nicolas Sarkozy ménage l'opinion

DIPLOMATIE Les documents américains livrent de nouveaux secrets...

C. F.

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Le président afghan Hamid Karzai (g) et son homologue français Nicolas Sarkozy à Kaboul, le 20 août 2008. 
Le président afghan Hamid Karzai (g) et son homologue français Nicolas Sarkozy à Kaboul, le 20 août 2008.  — TAMANNA/CHINE NOUVELLE/SIPA

Hamid Karzaï est «paranoïaque» et «faible» mais aussi un «homme politique toujours rusé, qui se considère comme un héros nationaliste». C’est ainsi que l'ambassadeur des Etats-Unis en Afghanistan, Karl Eikenberry, considère le président afghan, selon des mémos diplomatiques communiqués par WikiLeaks et publiés par le New York Times et le Guardian.
 
De quoi tendre un peu plus les relations entre Washington et Kaboul, neuf ans après le début du conflit afghan.

Un demi-frère lié au trafic de drogue

Dans un document, Karl Eikenberry accuse Hamid Karzaï de ne pas être à même de saisir les «principes les plus rudimentaires de l'édification d'un Etat». La corruption dans les sphères de l'Etat afghan est présentée comme la norme dans les câbles diplomatiques américains.

En janvier dernier, un télégramme détaillant la composition probable du nouveau gouvernement d'Hamid Karzaï présentait le ministre de l'Agriculture comme «le seul ministre confirmé contre qui n'existe aucune accusation de pot-de-vin». Les derniers documents en date, comme les premiers, comprennent aussi des accusations visant le demi-frère de Karzaï, Ahmad Wali Karzaï, qui est lié au trafic de drogue afghan et joue un rôle de taille en tant qu'intermédiaire et négociateur de paix à Kandahar dans le Sud afghan.

L’Iran de plus en plus impliqué

Les mémos révélés par Wikileaks révèlent aussi que les Etats-Unis s’inquiètent de l’influence grandissante de l’Iran en Afghanistan, selon Le Monde.
 
Téhéran a toujours soutenu la minorité chiite afghane, notamment durant la résistance antisoviétique, rappelle le quotidien. Mais depuis 2001, le soutien à des talibans sunnites n'est plus tabou, souligne-t-il. Selon les télégrammes issus d’une conversation entre Karl Eikenberry et un proche du président Hamid Karzaï, «l’objectif» de Téhéran est de «contrer l'influence occidentale en Afghanistan».

Nicolas Sarkozy soigne sa popularité

Au fil de ces télégrammes diplomatiques sur l’Afghanistan, le rôle joué par la France apparait également. On y apprend, toujours selon Le Monde, que si Nicolas Sarkozy «a été jusqu'à récemment un vrai atlantiste», «il cherche actuellement [à l’automne 2009] à se distancer des Etats-Unis et à améliorer sa popularité».
 
Les conseillers de l'Elysée expliquent à leurs interlocuteurs américains que Nicolas Sarkozy doit ménager ceux qui, «au sein de son camp politique, ont critiqué le retour de la France dans l'Otan», en avril 2009. Après avoir envoyé 1.000 soldats supplémentaires en 2008, le chef de l’Etat français ne concède ainsi que l’envoi de plus d'instructeurs pour l'armée afghane.