Un marché dans une rue d'Abidjan, en Côte d'Ivoire.
Un marché dans une rue d'Abidjan, en Côte d'Ivoire. — FERRARI/NECO/SIPA

TEMOIGNAGE

Côte d'Ivoire: «La situation n'a rien à voir avec 2004, où nous, Français, étions des cibles»

Ils sont Français et vivent en Côte d'Ivoire. Ils racontent à 20minutes.fr l'ambiance qui règne actuellement dans le pays...

La Côte d’Ivoire est toujours dans l’attente des résultats du second tour de l’élection présidentielle, et la tension entre partisans de Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara monte de jour en jour. Pourtant, les expatriés français ne se sentent pas particulièrement en danger.

Pour Abass Zein, président de l’association Français du Monde (ADFE) sur place, c’est même peu dire: «L’ambiance est calme, je suis en train de prendre un verre dans un café d’Abidjan et de parler spectacles, et il y a beaucoup de monde autour de moi», s’exclame-t-il. Il souligne que la vie continue malgré l’astreinte du couvre-feu, tout en concédant que si «la vie ne s’est pas arrêtée, elle a un peu ralenti».

«On essaye de vivre normalement»

Même son de cloche du côté de Catherine Rechenmann, présidente de l’Union des Français de l’Etranger (UFE) à Abidjan. «La situation est de nouveau difficile, mais c’est déjà arrivé auparavant», rassure-t-elle. «On ne peut pas dire que l’ambiance est normale, mais on essaye de vivre normalement. On travaille le matin et un peu l’après-midi.»

Pour Michel Brun aussi, expatrié depuis peu, «l’ambiance est quasi-normale, même si certaines boutiques, certains marchands sur le marché sont fermés, et s’il arrive dans certains supermarchés de ne pas trouver de produits de première nécessité». Ce qui pèse selon lui sur le moral, c’est surtout le couvre-feu. «Dès 18h-18h30, tout s’interrompt, les rues et les magasins se vident très vite. Cela crée un sentiment de panique, un climat particulier.»

Peur de voir les événements de 2004 se répéter

Une sensation désagréable que ressentent tout particulièrement certains Français, notamment «ceux qui ont vécu les événements de 2004», note Michel. «Eux, ils ont peur et se terrent chez eux. Ils ont un sentiment de panique parce qu’ils doivent revivre le traumatisme, ce qui n’est pas mon cas, car je ne suis en Côte d’Ivoire que depuis avril dernier.»

Effectivement, Bernard Sadet, président de l’association Français du Renouveau et élu de l’Assemblée des Français de l’étranger, explique que «la circulation est très fluide dans Abidjan, car beaucoup de gens ont un peu peur, et ne vont pas travailler». Du côté de la communauté française, il n’y a «pas trop de stress pour le moment», selon lui, «mis à part chez les femmes qui vivent seules». Selon l’élu, elles pensent déjà à partir, de peur de voir les exactions (viols) de 2004 se répéter.

Pourtant, comme l’explique Jean-Max Mezzadri, un professeur agrégé de philosophie à la retraite, la situation n’a «rien à voir avec 2004, où on avait de grandes inquiétudes car nous étions des cibles». Lui qui vit en Côte d'Ivoire depuis 40 ans se sent «beaucoup moins concerné, on ne perçoit pas d'animosité particulière à notre égard». Cependant, les expatriés français se demandent surtout «comment ça va se terminer», estime encore Bernard Sadet. «Le problème majeur c’est que la situation peut basculer du jour au lendemain, du bon comme du mauvais côté», explique-t-il.