les ethnies au second tour

Lucie Soullier

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Des supporters du président sortant Laurent Gbagbo.
Des supporters du président sortant Laurent Gbagbo. — R. BLACKWELL / AP / SIPA

Les vieux démons resurgissent en Côte d'Ivoire. Alors que l'objectif affiché du scrutin présidentiel était de réunifier le pays, le passé est loin d'être enterré. Chaque discours est l'occasion pour les deux candidats, qualifiés au second tour de dimanche, de rendre l'autre responsable d'une crise politico-économique qui affecte la population depuis une décennie.

Le concept d'« ivoirité »
D'un côté, Laurent Gbagbo accuse son adversaire d'être mêlé à plusieurs coups d'Etat, dont celui qui cherchait à le renverser, en 2002. Son opposant, Alassane Ouattara, le considère quant à lui comme un usurpateur. Une référence aux troubles de 1999 ayant mené Gbagbo au pouvoir, malgré des résultats très contestés. Les rivalités ethniques sont plus profondes encore et ce sont sur elles que repose le vote. « Ils ne s'en cachent même plus », souligne Jean-Pierre Dozon, directeur d'études à l'Ehess, faisant allusion à l'accord entre Ouattara et Henri Konan Bédié, troisième du premier tour. Une alliance dont le but explicite est que les Baoulés votent pour Ouattara, qui a déjà l'avantage dans le Nord musulman. L'électorat de Gbagbo, issu de l'ethnie bétée, se concentre, lui, au Sud. A tous ces antagonismes s'ajoutent des attaques contre Ouattara, accusé de ne pas être ivoirien, ce qui lui avait déjà fermé les portes des dernières élections. Et le principe d'« ivoirité » réapparaît dans les débats. Ajoutant une nouvelle difficulté à la Côte d'Ivoire, le nationalisme.