Corée du Sud: Des habitants terrifiés évacuent l'île de Yeonpyeong

CONFLIT Craignant de nouveaux bombardements, ils ont abandonné leur maison, certains n'ayant nulle part où aller sur le continent...

Jack Kim, Reuters
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Des gardes-côtes sud-coréens évacuent des habitants de l'île de Yeonpyeong, le 24 novembre 2010.
Des gardes-côtes sud-coréens évacuent des habitants de l'île de Yeonpyeong, le 24 novembre 2010. — REUTERS/Korea Coast Guard/Handout

Frigorifiés et terrifiés, des centaines d'habitants de la petite île sud-coréenne de Yeonpyeong, pilonnée par l'armée nord-coréenne, ont fui mercredi vers le continent. Nombre d'entre eux ont juré de ne jamais regagner leurs maisons.

«Je ne retournerai pas là-bas», assure Kim Ji-kwon, un habitant de 53 ans qui travaillait dans ses champs quand les tirs d'obus ont commencé. Lorsqu'il a relevé les yeux, après les premières explosions, il a vu de la fumée s'élevant de son quartier, à quelques kilomètres. «J'ai abandonné là-bas tout ce que je possédais», dit-il.

Surtout des femmes, des enfants et des personnes âgées

Sur les quelque 1.600 civils vivant sur l’île, 340 sont en cours d'évacuation ce mercredi. Ce sont essentiellement des femmes, des enfants et des personnes âgées, qui ont passé la nuit dans le froid, sans dormir, dans un abri antiaérien de fortune, de peur que les pilonnages reprennent. Aucun autre bombardement n'a été signalé, ce qui ne consolait en rien Cho Soon-ae, qui a fondu en larmes à son arrivée dans le port d'Incheon, avec sa petite fille dans les bras.

«Ma maison a complètement brûlé, a-t-elle expliqué à sa descente du bateau, parmi une foule de personnes évacuées. «Nous avons tout perdu. Je n'ai même plus de sous-vêtements de rechange», a-t-elle expliqué, en larmes, en ajoutant qu'elle n'avait nulle part où aller sur le continent, si ce n'est dans un centre d'hébergement de fortune ouvert par l'Etat.

Un rappel de la guerre de Corée

Pour beaucoup de Coréens, pareille scène rappelait la fuite désespérée de milliers de personnes soixante ans plus tôt, au commencement de la guerre de Corée. Quelques centaines d'habitants avaient déjà fui mardi l'île pilonnée, mais nombre d'autres ont choisi de rester, les évacuations effectuées par les gardes-côtes n'ayant rien d'obligatoire.

«On peut apercevoir la Corée du Nord de l'île. On ne peut pas voir la Corée du Sud. Mais pendant toutes ces années, nous nous étions toujours sentis en sécurité, explique Byun Jong-myoung, qui a quitté l'île voici plusieurs années mais s'est rendu sur le quai pour accueillir sa belle-soeur lors de son évacuation. «Nous comptons leur dire qu'ils doivent envisager de quitter l'île», a-t-il dit à propos de son frère et de sa famille.

«Le plus dur a été de comprendre ce qui se passait», raconte Kim Hoon-yi, qui rendait visite à ses beaux-parents sur l'île lorsque l'attaque a eu lieu. «Certains ont dit que c'était la guerre, que le Nord lançait une invasion. D'autres ont dit que c'était notre artillerie qui avait tiré par erreur. Mais c'était trop important, la fumée, les incendies, c'était trop ample pour que ce soit une erreur.»