Haïti: le choléra progresse, pas l'aide internationale

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A sept jours des élections présidentielle et législatives en Haïti le débat fait rage sur l'opportunité de reporter le scrutin, tandis que l'épidémie de choléra ne semble pas avoir atteint son pic et que l'aide internationale est jugée insuffisante par l'ONU.
A sept jours des élections présidentielle et législatives en Haïti le débat fait rage sur l'opportunité de reporter le scrutin, tandis que l'épidémie de choléra ne semble pas avoir atteint son pic et que l'aide internationale est jugée insuffisante par l'ONU. — Hector Retamal afp.com

L'épidémie de choléra continue de progresser en Haïti où l'aide internationale n'arrive pas suffisamment vite d'après l'ONU, à sept jours des élections présidentielles et législatives dont plusieurs candidats demandent le report.

Depuis le début de l'épidémie à la mi-octobre, 1.250 personnes en sont mortes, selon le bilan des autorités haïtiennes publié dimanche. "Le nombre de foyers de contagion augmente et les foyers qui sont apparus il y a un mois ne sont pas éteints. Il y avait une vingtaine de foyers au début du choléra, il y en a maintenant une cinquantaine", a déclaré à l'AFP le docteur français Gérard Chevallier qui travaille avec l'épidémiologiste Renaud Piarroux sur l'évolution de l'épidémie.

Samedi, cette équipe française, accompagnée par un épidémiologiste du ministère de la Santé haïtien, est allée sur les bords du fleuve Artibonite, d'où l'épidémie a commencé à se développer, pour observer si les habitudes de la population avaient commencé à changer.

Dans un petit village situé près du barrage de Péligre, ils ont constaté que des pastilles pour purifier l'eau avaient été distribuées. Mais ils ont aussi vu des enfants se laver dans le fleuve à quelques mètres d'excréments flottant à la surface.

Plus au nord, à Hinche, ils se sont entretenus avec la direction de l'hôpital où un centre de traitement du choléra a été installé. En une matinée, les décès enregistrés depuis le début de l'épidémie sont passés de 18 à 22. "Ca évolue de manière négative", atteste le directeur Prince-Pierre Sonçon. "Au début de l'épidémie on avait trois cas par jour, puis 15, puis 35. Ce matin, on en a déjà eu 60", a-t-il dit samedi.

L'ONU estime que l'aide internationale face à l'épidémie est loin d'être suffisante. "Nous avons reçu jusqu'à présent moins de 10% de ce dont nous avons besoin", a indiqué le coordonnateur humanitaire de l'ONU en Haïti, Nigel Fischer.

Les Nations Unies ont lancé un appel à l'aide de 164 millions de dollars. "Nous avons besoin de manière urgente de matériel essentiel (...) de médecins, d'infirmières, de systèmes de purification de l'eau, de pastilles de chlore, de savon, de sels de réhydratation oraux et de tentes pour les centres de traitement du choléra", a précisé M. Fischer.

Sur le terrain, la campagne électorale bat son plein. Affiches et estrades aux couleurs des candidats sont visibles même dans les villages reculés. Dimanche des Haïtiens faisaient la queue à Pétion-ville, près de Port-au-Prince pour obtenir le document d'identité permettant de voter.

L'avenue de Delmas à Port-au-Prince était en partie bloquée dimanche à cause du convoi du candidat du parti au pouvoir, Jude Célestin, suivi de centaines de militants portant le tee-shirt aux couleurs jaunes et vertes du parti Inite.

Près de 4,7 millions d'Haïtiens sont appelés à choisir un successeur au président René Préval et élire 11 sénateurs et 99 députés. Quatre des 19 candidats à la présidence ont demandé ce week-end un report des scrutins à cause du choléra.

"Nous demandons aux autorités de repousser la date des élections, d'établir et de publier un plan de lutte contre l'épidémie de choléra qui menace la vie de tous les Haïtiens", ont écrit ces candidats très mal classés dans les sondages.

Interrogé dimanche par l'AFP, l'un des favoris de l'élection, l'industriel Charles-Henri Baker, s'est dit contre tout report. "Le choléra est là pour dix ans. Plus vite on enlèvera ce gouvernement, plus vite on pourra prendre des mesures contre l'épidémie. La population dit clairement 'non' au report".

"Levez-vous, allez voter, ne vendez pas vos votes, ni votre conscience. Ne participez pas à la violence", a dit dimanche la Conférence des évêques d'Haïti.