Les membres de l'Otan s'accordent sur un bouclier antimissile

INTERNATIONAL Cependant,s'ils ont un accord de principe, il reste à régler le problème du commandement...

B.D.avec Reuters

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Les présidents américain, Barack Obama, turc, Abdullah Gul, et le Premie rministre du Royaume-Uni, David Cameron, discutent lors du sommet de l'Otan, à Lisbonne, le 19 novembre 2010.
Les présidents américain, Barack Obama, turc, Abdullah Gul, et le Premie rministre du Royaume-Uni, David Cameron, discutent lors du sommet de l'Otan, à Lisbonne, le 19 novembre 2010. — AFP PHOTO/ LIONEL BONAVENTURE

Les dirigeants de l'Otan ont approuvé vendredi le principe d'un bouclier antimissile en complément de la dissuasion nucléaire, qui restera l'élément central de la stratégie de sécurité de l'Alliance atlantique. Ce dispositif, proposé par les Etats-Unis, comprendra des missiles intercepteurs américains déployés en Europe en quatre étapes, d'abord sur des navires, puis également sur terre, au cours des dix prochaines années.

Selon la présidence française, les 28 pays de l'Otan ont décidé de faire de ce dispositif contre les missiles balistiques une «partie intégrante» de leur stratégie de sécurité. Mais «notre objectif est de renforcer la dissuasion en tant qu'élément central de notre défense collective», a précisé l'Elysée. «Donc le problème est réglé.»

Bouclier et/ou dissusasion

La France, qui est avec la Grande-Bretagne la seule autre puissance nucléaire d'Europe occidentale, avait fait du maintien de la dissuasion au coeur de la stratégie de l'Otan un point non négociable. D'autres pays européens et une partie des dirigeants allemands souhaitaient voir le bouclier antimissiles se substituer à la dissuasion nucléaire. Selon une source française, la France et l'Allemagne ont aplani leurs divergences sur ce sujet dans la nuit de jeudi à vendredi.

Dans son nouveau concept stratégique adopté à Lisbonne, l'Otan affirme qu'elle restera une alliance nucléaire «aussi longtemps qu'il y aura des armes nucléaires», tout en affirmant vouloir créer les conditions d'un monde sans armes atomiques. Le futur bouclier antimissile «offre un rôle à tous nos alliés» a pour sa part souligné le président américain Barack Obama. «Il répond aux menaces de notre temps.»

Selon la présidence française, les Européens participeront au financement des systèmes de contrôle et de commandement, d'un coât de 80 à 150 millions d'euros, dont 12% pour la France, qui mettra aussi à disposition son futur satellite d'alerte avancé. Des entreprises françaises, dont Thales, bénéficieront d'une «partie des contrats», assure l'Elysée.

Texte résumant le nouveau concept stratégique

Les Etats-Unis prendront à leur charge les intercepteurs, d'abord basés sur des navires américains en mer Méditerranée à partir de 2011, puis en Roumanie à partir de 2015 et en Pologne à partir de 2018, ainsi que d'autres satellites et des radars. Dans le texte résumant son nouveau concept stratégique, l'Otan souligne que la prolifération des missiles balistiques et des armes de destruction massive «représente une menace réelle et croissante pour la zone euro atlantique».

A la demande de la Turquie, qui devrait héberger sur son territoire un radar avancé, les documents de l'Otan ne citent aucun pays et notamment pas l'Iran, avec lequel Ankara veut préserver ses relations. L'Iran, soupçonné de vouloir se doter de l'arme atomique et qui possède déjà des missiles balistiques, est tout de même clairement visé, ce que ne devraient pas manquer de faire savoir des dirigeants de l'Otan. Ne serait-ce que pour lever toute ambiguïté envers la Russie.

«Qui appuiera sur le bouton?»

Moscou craint de voir le bouclier antimissiles de l'Otan, qui devrait être en mesure d'intercepter les missiles intercontinentaux les plus puissants à l'horizon 2020, être avant tout une arme dirigée contre sa propre dissuasion. Les dirigeants de l'Otan s'efforceront samedi de rassurer le président Dmitri Medvedev, invité à ce sommet de l'Otan, et proposeront à Moscou de participer au futur dispositif.

Selon une source diplomatique occidentale, le président russe proposerait que la Russie et les pays de l'Otan se répartissent différentes zones mais cette proposition a peu de chances d'être acceptée. L'Alliance atlantique n'en est, en tout état de cause, qu'au début d'un processus. «Nous avons un accord de principe. Après, il reste tout à faire, notamment concernant le problème du commandement», souligne une source militaire française. «Qui appuiera sur le bouton? Ça ne peut pas être seulement un bouclier américain.»