Haïti: deux morts par balles après des heurts avec des casques bleus

INTERNATIONAL Des manifestants ont attaqué des casques bleus qu'ils croyaient à l'origine de l'épidémie de choléra qui ravage l'île...

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Des heurts ont éclaté lundi en Haïti entre casques bleus et manifestants en colère contre les soldats de l'ONU et la gestion du choléra par les autorités, faisant deux morts et plusieurs blessés, l'ONU reconnaissant avoir tiré, en légitime défense, sur un des hommes décédés.
Des heurts ont éclaté lundi en Haïti entre casques bleus et manifestants en colère contre les soldats de l'ONU et la gestion du choléra par les autorités, faisant deux morts et plusieurs blessés, l'ONU reconnaissant avoir tiré, en légitime défense, sur un des hommes décédés. — Thony Belizaire AFP/Archives

Des heurts ont éclaté lundi en Haïti entre casques bleus et manifestants en colère contre les soldats de l'ONU et la gestion du choléra par les autorités, faisant deux morts et plusieurs blessés, l'ONU reconnaissant avoir tiré, en légitime défense, sur un des hommes décédés.

Le corps d'un homme de 20 ans a été retrouvé «devant une base» de la Mission de l'ONU en Haïti (Minustah) à Quartier-Morin, une localité de la banlieue de Cap-Haïtien, dans le nord du pays, a indiqué à l'AFP le juge de paix Bimps Noël, qui a fait le constat du décès. La base, où se trouvent des casques bleus chiliens, a été dans la journée le théâtre d'affrontements entre soldats de l'ONU et manifestants.

Une balle dans le dos

«Dans un premier temps, (les casques bleus) ont tiré pour disperser les manifestants et, dans un deuxième temps, j'ai l'impression qu'ils ont tiré à hauteur d'homme», a dit le juge. Le jeune homme a reçu une balle dans le dos, a précisé le juge, ajoutant que les «chars de l'ONU avaient fait l'objet de jets de pierre». «Il s'agit d'un manifestant qui portait une arme et qui a tiré en direction d'un soldat, et le soldat a riposté en légitime défense», a affirmé pour sa part le porte-parole de la Minustah, Vicenzo Pugliese.

«Le soldat n'a pas été blessé», a-t-il ajouté. Plus tôt, il avait indiqué que les casques bleus avaient fait usage de grenades lacrymogènes. Un autre jeune homme est mort par balles dans une rue de Cap-Haïtien, également dans le cadre de heurts avec les casques bleus, a indiqué une source policière. «Quatorze personnes ont été blessées par balles, dont deux sont dans un état grave», avait indiqué plus tôt à l'AFP une source policière, sans préciser l'origine des tirs.

Incendies

Les manifestants ont mis le feu à un commissariat et des véhicules qui se trouvaient à l'intérieur ont été incendiés, a indiqué la police. Les écoles étaient fermées à Cap-Haïtien où certains parents refusent d'y envoyer leurs enfants de peur qu'ils soient contaminés par le choléra.

Des casques bleus népalais, accusés par une partie de la population d'avoir propagé l'épidémie de choléra, ont par ailleurs été la cible de jets de pierre lors d'une manifestation à Hinche (centre). Six soldats de l'ONU ont été blessés, selon la Minustah. «Environ 400 personnes se sont rassemblées devant le bureau de l'ONU, mais la manifestation a été dispersée sans trop de difficulté», a dit Vicenzo Pugliese.

Elections le 28 novembre

Fin octobre, un centre de traitement du choléra de Médecins sans Frontières à Saint-Marc (centre) avait été attaqué par des manifestants qui redoutaient une propagation de l'épidémie. Aucun blessé grave n'avait été déploré. Ces heurts interviennent à un peu moins de deux semaines d'élections législatives et présidentielle cruciales pour le pays, le 28 novembre.

Le coordonnateur de l'action humanitaire des Nations unies en Haïti, Nigel Fisher, a indiqué lundi à l'AFP que l'épidémie allait «certainement durer des mois». «Lorsqu'on observe l'évolution d'autres épidémies, cela pourrait même durer des années. Ici, en Haïti, nous sommes en terre inconnue», a-t-il ajouté.

Dimanche, les autorités avaient révélé que 917 personnes étaient décédées depuis la mi-octobre, dont 27 à Port-au-Prince. La police a indiqué lundi que quatre détenus de la principale prison de la ville étaient décédés du choléra ces derniers jours. Au total, 14.642 personnes ont été hospitalisées. Les autorités redoutent que l'épidémie n'atteigne les camps insalubres où s'entassent des milliers de réfugiés depuis le séisme du 12 janvier.