Irak: Djalal Talabani réélu président, Nouri al Maliki à nouveau Premier ministre

MONDE Le poste de président du parlement échoit à un Sunnite, Oussama al Noudjaïfi...

B.D. avec Reuters

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Le Premier ministre irakien, Nouri al Maliki (G) écoute le président Djalal Talabani, lors d'un meeting à Arbil, le 8 novembre 2010.
Le Premier ministre irakien, Nouri al Maliki (G) écoute le président Djalal Talabani, lors d'un meeting à Arbil, le 8 novembre 2010. — AFP PHOTO/SAFIN HAMED

Ils se sont enfin mis d'accord. Au terme de huit mois de paralysie, les responsables irakiens se sont entendus sur l'attribution des trois principaux postes politiques en Irak, avec notamment le maintien du chiite Nouri al Maliki comme Premier ministre.

Un Sunnite président du parlement

Le Kurde Djalal Talabani a été réélu dans la soirée au poste de chef de l'Etat et a aussitôt reconduit Maliki dans ses fonctions. Un peu plus tôt, le poste de président du parlement était revenu à Oussama al Noudjaïfi, un sunnite du bloc Irakia de l'ancien Premier ministre Iyad Allaoui, arrivé de justesse en tête des élections législatives le 7 mars dernier. D'autres membres du bloc Irakia entreront au gouvernement et l'un d'eux prendra le poste de ministre des Affaires étrangères. Allaoui lui-même sera placé à la tête d'un nouveau conseil de stratégie politique.

Mais la réélection de Talabani puis la nomination dans la foulée de Maliki, qui dispose désormais d'un délai de trente jours pour former son gouvernement, ont été marquées par le départ d'une soixantaine d'élus, soit les deux tiers, du bloc Irakia, dont Allaoui, qui ont refusé de prendre part au vote. «Il est évident qu'ils veulent monopoliser le pouvoir», a déploré Saleh al Moutlak, influent responsable politique sunnite d'Irakia.

«Un jour de victoire»

«Aujourd'hui est un jour de victoire, la victoire de la véritable volonté irakienne», s'est toutefois réjoui Djalal Talabani. A Bagdad, des rafales d'armes à feu ont été tirées pour célébrer l'issue des longues tractations entamées après les législatives. «Grâce à Dieu, nous avons franchi hier soir une grande étape, ce qui est une victoire pour tous les Irakiens», a déclaré le président du gouvernement autonome kurde, Massoud Barzani, lors d'une conférence de presse dans la journée à Bagdad.

L'inclusion d'Irakia au sein de ce que Barzani a appelé un gouvernement de «partenariat national» devrait aider à prévenir le risque d'une reprise des violences confessionnelles, après huit mois de bras de fer entre Maliki et Allaoui. Nouri al Maliki avait pu conforter son statut de favori à sa propre succession en s'assurant mercredi soir le soutien d'une trentaine de membres du bloc Irakia, arrivé en tête aux élections législatives avec deux sièges de plus que l'alliance du Premier ministre.

«Sauver la face»

«Ce qui est le plus important, c'est que nous soyons enfin sortis de l'impasse», a dit Amer al Fayyadh, doyen de la faculté de sciences politiques à l'université de Bagdad. «La formation d'un gouvernement est maintenant en vue», a-t-il ajouté. Mais le maintien au pouvoir de Maliki ne peut que déplaire aux «durs» de la communauté sunnite, hostiles à l'influence de l'Iran sur les dirigeants chiites irakiens. Nombre d'entre eux jugeront certainement insuffisantes les garanties obtenues pour la formation du prochain gouvernement.

«Dans tous les cas, nous nous retrouvons dans le même climat qu'en 2005, lorsque les sunnites estimaient être sous-représentés au gouvernement, ce qui avait grandement contribué à l'instabilité du pays», déclare Yahya al Koubaïssi, chercheur à l'Institut irakien des études stratégiques.  Pour lui, le poste réservé à Allaoui à la tête d'un conseil de stratégie vise simplement à tenter de «sauver la face».