«Si on nous laisse en plein désert, on est foutu»

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Fadiga, 25 ans, connaît bien l’aridité du Sahara. Il l’a traversé pour se rendre de son pays, la Guinée Conakry, jusqu’au nord du Maroc, via l’Algérie. Il connaît bien aussi la forêt marocaine bordant l’enclave espagnole de Ceuta. Il y a vécu plus d’un an, dans des tentes de fortune, avec des centaines d’autres Subsahariens. En survivant grâce à la charité des Marocains, et en priant pour que s’ouvrent les portes de Ceuta, celles de l’Union européenne. Et puis dans la nuit du 28 au 29 septembre, ils sont des centaines à se lancer à l’assaut du double grillage frontalier protégeant l’enclave. Deux cents d’entre eux le passent, mais la garde civile espagnole et les militaires marocains ripostent violemment. Cinq émigrants meurent, certains touchés par des balles réelles. Fadiga se souvient d’en avoir reçu une dans la jambe : « Je suis tombé entre les deux grillages, il y avait du sang partout. » Pas de chance, il est directement refoulé au Maroc et acheminé à l’hôpital de Tétouan, ville marocaine la plus proche. « On est des êtres humains », insiste le jeune homme poussé par le rêve d’une vie meilleure. Ses blessures à peine cicatrisées, il s’est retrouvé dans un centre de détention, avec de nombreux camarades raflés par les forces de sécurité marocaines. « Si l’UE ne veut pas de nous, elle n’a qu’à fermer le centre d’accueil de Ceuta. Et si le Maroc veut nous expulser, qu’il nous ramène dans notre pays », s’énerve Fadiga. Il sait que, après négociations diplomatiques, des centaines de Maliens et Sénégalais sont rapatriés chez eux en avion. Depuis dimanche, lui est embarqué dans un convoi de bus roulant vers la Mauritanie. Joint sur son portable, objet précieux pour un migrant, il confie : « J’ai peur. Si les militaires marocains nous laissent en plein désert, on est foutu. » Médecins sans frontières et l’association espagnole SOS Racismo ont alerté l’opinion publique internationale sur ces déplacements : de nombreux refoulés errent en plein désert, sans eau ni nourriture. Fadiga attend de connaître son sort, toujours en priant : « Si j’en ai l’occasion, je remonterai vers le Maroc pour retenter ma chance. Sinon, je rentrerai chez moi. » A Tétouan (Maroc), Lucie Badi

refoulés Le Maroc a accéléré le rythme des expulsions hier en organisant de nouveaux vols pour Dakar et Bamako et des convois d’autocars vers les frontières algérienne et mauritanienne. L’Espagne et le Maroc ont décidé, mardi à Rabat, de réunir une conférence euro-africaine sur l’immigration. Ils ont aussi prévu la création d’« un comité mixte interministériel ad hoc ».