Après une «déculottée», Obama tend la main aux républicains mais défend son bilan

Philippe Berry

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Barack Obama, après la défaite démocrate aux midterms, le 3 novembre 2010, lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche.
Barack Obama, après la défaite démocrate aux midterms, le 3 novembre 2010, lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche. — REUTERS/K.LAMARQUE

De notre correspondant à Los Angeles

Pour ceux qui attendaient un changement de cap majeur à la Bill Clinton, il faudra repasser. Mercredi, un Obama visiblement marqué a reconnu lors d'une conférence de presse que les démocrates avaient pris «une déculottée». Mais interrogé à plusieurs reprises sur des regrets quant à la politique menée, le président a averti: «Je ne vais pas passer les deux prochaines années à défaire les progrès accomplis».

Il a malgré tout commencé par une main tendue. «J'ai immédiatement appelé les leaders républicains et je suis impatient de travailler avec eux», a-t-il déclaré, se disant «persuadé qu'il existe des dossiers sur lesquels un compromis est possible, comme l'énergie et la réforme de Washington».

«Frustration» face à la lenteur de la reprise

Pour lui, la défaite a un coupable tout désigné: l'économie. «Les Américains sont frustrés face à la lenteur de la reprise. Ils attendent des résultats qui ne sont pas là. Je suis le président, je dois faire mieux.» Mais Obama défend malgré tout son bilan: «L'économie était en chute libre. On l'a stabilisée. Le marché de l'emploi repart dans le privé.»

ôté cohabitation, avec une Chambre désormais contrôlée par les républicains et un Sénat par les démocrates, le président a offert peu de pistes concrètes. Il a bien parlé «de la nécessité d'écouter la voie du peuple», et de «lui donner un Congrès qu'il mérite», promis une «commission bi-partisane chargée de chercher des solutions pour réduire les dépenses et les déficits» et juré être «ouvert à toutes les bonnes idées républicaines». Mais tout ça a déjà été dit et redit. Désormais, il va devoir réussir à le mettre en pratique.

Dossiers chauds

John Boehner, le probable Speaker républicain de la Chambre, a déjà mis la pression. «Je pense que la réforme de l'assurance maladie va détruire des emplois, creuser les déficits et casser un des meilleurs systèmes de santé au monde. On fera tout pour la repousser». Obama acceptera des «modifications et des améliorations», mais il l'a laissé entendre, il reste le patron. Traduction: s'il le faut, il utilisera son droit de véto.

Car ce fut le ton sous-jacent de la conférence de presse: Obama pense «faire ce qui est bon pour le pays», même si «ça n'est pas toujours populaire». Il admet cependant que «depuis la bulle de la Maison Blanche», il s'est peut-être un peu «déconnecté» des Américains.

 

Reste que ce nouveau désir de tendre la main va être mis à l'épreuve du feu immédiatement. Les baisses d'impôts de George Bush arrivent à expiration dans 60 jours. Obama veut les reconduire pour la classe moyenne uniquement. Les républicains veulent inclure les plus riches –sans vraiment expliquer comment ils paieront pour le trou supplémentaire dans le déficit budgétaire. Obama s'est dit prêt à «un compromis» sur ce dossier. Encore faudra-t-il qu'il réussisse à convaincre le Congrès démocrate, en place jusqu'à janvier prochain.