Garry South: «La mythologie Obama a été survendue»

Propos recueillis par Philippe Berry

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Hope Obama 08
Shel Starkman
Hope Obama 08 Shel Starkman — Shel Starkman

Deux ans après une victoire historique en 2008, les démocrates déchantent, mardi, avec une claque aux midterms. Ils perdent le contrôle de la Chambre et reculent au Sénat. Il y a deux ans, tous les experts avaient pourtant enterré les républicains. Que s'est-il passé? Le stratège démocrate Garry South livre quelques clés.

Comment les démocrates ont pu autant reculer en seulement deux ans?

Les résultats sont mauvais mais ce n'est pas une surprise. Traditionnellement, le parti en place recule aux midterms. En 1994, Bill Clinton avait perdu la Chambre et le Sénat. Vu la crise économique actuelle, une défaite était inévitable. En politique américaine, il y a un vieux diction qui dit: «On passe vite de la position du pigeon à celle de la statue» (rapport aux déjections, ndr). Gouverner, surtout par des temps difficiles, est souvent impopulaire.

Ce vote sanctionne-t-il Obama ou Washington?

Un peu des deux. Les républicains l'ont bien compris en se gardant de fanfaronner. Le Congrès est bien plus impopulaire qu'Obama. Malgré tout, le président a sa part de responsabilité. Il a voulu trop faire, trop vite. Cela se comprend: il a voulu profiter de la super majorité démocrate au Sénat pour passer des réformes. Mais un plan de relance massif, une réforme de la santé et de Wall Street en 20 mois, c'était sans doute trop.

N'a-t-il pas déçu après avoir suscité tant d'espoirs?

Complètement. Les affiches «Hope» semblent bien loin. Le problème, c'est que la mythologie d'Obama a été survendue par son équipe de campagne. Il est en quelques sorte victime des attentes démesurées qu'il a lui-même plantées.

Va-t-il être forcé à collaborer davantage avec les républicains?

Bill Clinton l'avait fait avec talent, mais il n'y avait pas un tel antagonisme contre lui chez ses adversaires. Avec de nombreux candidats issus du Tea Party à la Chambre, il faudra voir si John Boehner arrive à contrôler suffisamment sa majorité pour vraiment tenter d'être constructif. L'avantage paradoxal, c'est qu'avec des élus plus extrêmes, Obama aura naturellement l'air plus au centre.

Que faire du succès des candidats issus du Tea Party?

Trop tôt pour le dire. Ce n'est pas un parti mais un vague mouvement sans leader ni programme. Ils seront soit simplement assimilés par le groupe républicain le plus à droite, soit ils feront tout imploser, bloquant toute tentative de collaboration. Il y a également un risque non négligeable que beaucoup se révèlent être des blagues incapables de gouverner.

L'échec des candidats les plus extrêmes mine-t-il les chances de Sarah Palin pour 2012?

Possible. Sharron Angle dans le Nevada ou Christine O'Donnell sont la preuve que vous pouvez gagner des primaires haut la main et ne pas transformer l'essai, dans un climat pourtant ultra-favorable. De tels candidats ont du mal à séduire les indépendants, même mécontents. Si les républicains choisissent Sarah Palin, ce sera du pain béni pour Obama.