Elections législatives américaines: Les démocrates perdent la Chambre mais sauvent le Sénat

POLITIQUE Barack Obama, qui doit s'exprimer mercredi, a déjà appelé le nouvel homme fort républicain, dans un signe d'ouverture...

Philippe Berry

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Barack Obama dans le bureau ovale de la Maison Blanche
Barack Obama dans le bureau ovale de la Maison Blanche — WHITE HOUSE/P.SOUZA

De notre correspondant à Los Angeles

La vague républicaine a bien déferlé sur la Chambre des représentants. Mais les digues démocrates ont finalement tenu au Sénat, malgré quelques frayeurs. Malgré tout, Barack Obama se retrouve dans une situation de cohabitation partielle. Il va devoir en tirer les enseignements et tiendra une conférence de presse mercredi à la mi-journée.

Large majorité républicaine à la Chambre

Tous les résultats ne sont pas connus mais les républicains devraient gagner entre 62 et 72 sièges alors qu'ils n'avaient besoin que de 39 pour en reprendre le contrôle. Une progression record depuis 1948 et supérieure à la débâcle connue par Bill Clinton en 1994. Les républicains progressent partout, y compris dans des Etats ouvriers comme la Pennsylvanie et l'Ohio, durement frappés par la crise.

Le nouvel homme fort s'appelle John Boehner (portrait à lire ici)

En reprenant le contrôle de la Chambre, les républicains obtiennent la tête de la speaker Nancy Pelosi. Sauf surprise, son successeur devrait être John Boehner, jusqu'ici leader de la minorité républicaine. «Ce soir, le vainqueur est le peuple américain», a-t-il lancé. «Ce n'est pas le moment de faire la fête mais de se retrousser les manches». Il l'a bien compris, les résultats sont avant tout «une répudiation de Washington», et les républicains, désavoués il y a 2 ans, profitent surtout du mécontentement et de la mauvaise situation économique. Boehner promet de «ne pas laisser tomber les Américains» en s'attaquant à «la réduction des dépenses et de la machine gouvernementale».

Les démocrates limitent la casse au Sénat

Aux Sénat, ils devraient conserver une courte majorité d'un ou deux sièges. Dans l'une des courses clés, le leader du Sénat Harry Reid a finalement sauvé sa tête in extremis dans le Nevada. En Californie, l'ex-PDG d'HP, Carly Fiorina, n'a pas réussi son pari et s'incline face à la sortante démocrate Barbara Boxer. Les démocrates perdent toutefois sept ou huit sièges, dont celui emblématique de l'Illinois (l'ancien d'Obama).

Succès pour les candidats modérés du Tea Party

C'est l'un des enseignements les plus intéressants de la soirée dans la perspective de 2012. Globalement, le succès est franc pour les candidats républicains adoubés par le Tea Party (et souvent par Sarah Palin). A la Chambre, ils devraient repartir avec une vingtaine de sièges et trois ou ou quatre au Sénat. Dans le Kentucky, Rand Paul a prévenu: il vient à Washington pour «reprendre le gouvernement pour le peuple» et fera «la guerre aux dépenses folles». Oui mais voilà, les candidats les plus extrêmes ont échoué, comme Sharron Angle dans le Nevada et Christine O'Donnell dans le Delaware. Avec des personnes plus modérées dans quelques Etats clés, les républicains «auraient eu une vraie chance de reprendre le contrôle du Sénat», explique à 20minutes.fr le stratège démocrate Garry South.

Quelle marge de manoeuvre pour Obama?

La cohabitation partielle pourrait bien se transformer en blocage. La photo du président, au téléphone avec John Boehner dès les résultats tombés, veut envoyer un message clair: il est prêt au dialogue. Est-ce que cela ira au-delà des apparences? Garry South a ses doutes. «Il va falloir voir si John Boehner arrive à contrôler sa majorité à la Chambre». Ce dernier a confié aux membres du Tea Party qu'il ne les «laisserait pas tomber». Au Sénat, le leader républicain Mitch McConnell a déjà prévenu que sa priorité était «de faire tomber Obama en 2012». Beaucoup s'attendent à voir les plus conservateurs tenter de tout faire pour annuler la réforme de l'assurance maladie. Il restera alors une possibilité à Obama: le droit de véto. Car pendant les deux prochaines années, c'est encore lui le patron.