John Boehner, le nouvel homme fort des républicains

PORTRAIT Il devrait devenir le leader de la Chambre des représentants, à la place de la démocrate Nancy Pelosi. La cohabitation avec Obama s'annonce bouillante...

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Le leader des républicains de la Chambre des représentants, John Boehner, dévoile le programme électoral du parti conservateur, le 23 septembre 2010
Le leader des républicains de la Chambre des représentants, John Boehner, dévoile le programme électoral du parti conservateur, le 23 septembre 2010 — REUTERS/L.DOWNING

De notre correspondant à Los Angeles

Il va falloir s'habituer à son bronzage orange permanent. Avec la victoire républicaine de mardi, John Boehner devrait, sauf surprise, devenir le Speaker de la Chambre des représentants. Même si les Américains sont fatigués par la division et les querelles partisanes, ne comptez pas sur lui pour faciliter la vie d'Obama.

Boehner, c'est un homme à deux visages. Côté pile, un type débonnaire qui fume des Camel et apprécie le whisky, réputé pour son calme -sauf quand il se met à sangloter dès qu'il évoque son enfance pauvre- et un certain sens pratique. Côté face, un ami des lobbyistes et surtout l'homme du «non systématique» face à Obama depuis 2 ans.

«Ce soir, le vainqueur est le peuple américain», a-t-il lancé mardi. «Ce n'est pas le moment de faire la fête mais de se retrousser les manches». Il l'a bien compris, les résultats sont avant tout «une répudiation de Washington», et les républicains, désavoués il y a 2 ans, profitent surtout du mécontentement et de la mauvaise situation économique. Boehner promet de «ne pas laisser tomber les Américains» en s'attaquant à «la réduction des dépenses et de la machine gouvernementale». Il a a profité pour raconter, quasi en larmes, qu'il est le symbole du rêve américain, comme le montre la vidéo ci-dessous.

Un démocrate reconverti

Ce self-made man de 60 ans a d'abord été séduit par les démocrates, époque JFK. L'arrivée de Ronald Reagan, et surtout un business qui décolle à la fin des années 70, chamboulent tout. Il réalise, raconte-t-il, qu'il paie «trop d'impôts» et se lance dans la politique.

Il est élu représentant dans l'Ohio en 1990 et rejoint rapidement le «gang des 7», un groupe de jeunes élus qui combattent l’establishment et les dépenses inutiles. Quatre ans plus tard, il fait partie des architectes de la victoire républicaine lors des premiers midterms de la présidence de Bill Clinton.

Stratégie du non

Cet ami de feu-Ted Kennedy a durci le ton après l'élection d'Obama. Sous la pression des jeunes pousses républicaines, il adopte la stratégie du «hell, no», à toute proposition d'Obama. Une position justifiée, de son point de vue, par l'agenda du président, qui savait qu'il se mettrait tous les républicains à dos en forçant le passage de la réforme de la santé.

Ce conservateur plutôt mainstream va devoir jongler avec la poussée des élus soutenus par le Tea Party, qui ont juré de tout faire pour repousser la réforme de l'assurance maladie. Il pourrait alors engager un bras de fer avec Barack Obama, qui serait forcé d'utiliser l'arme ultime: le droit de véto.

John comment?

Ne l'appelez surtout pas John [boner] (érection, en argot), même s'il se dit que George W. Bush aimait ce surnom. Les linguistes sont partagés sur la prononciation correcte, mais le candidat va avec [Bay-ner]. Il songerait même, selon Variety, à changer son nom pour «Bayner» dans l'éventualité d'une candidature en 2012.