Antonio Casilli: «Les réseaux sociaux d'Obama sont en sommeil»

INTERVIEW Selon le sociologue, les midterms ne s'y prêtaient pas, mais la plateforme d'Obama se «réveillera» le moment venu...

Propos recueillis par Philippe Berry

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Qu'est-il arrivé à l'élan 2.0 de Barack Obama? Antonio Casilli, chercheur à l'École des Hautes études en sciences sociales et auteur des Liaisons numériques (Seuil) fait le point pour 20minutes.fr, à cinq jours des élections législatives de la mi-mandat.

Qu'est-ce qu'Obama avait fait mieux que les autres en 2008?

La légende veut qu'il ait utilisé comme personne les réseaux sociaux pour coordonner sa campagne, réalisant un mélange de vieux (tract, porte à porte) et de neuf (My.BarackObama.com), d'online et d'offline, sans rupture. Il y a du vrai. Mais la principale nouveauté, c'est d'avoir employé avec succès le web social comme outil de financement pour lever des fonds auprès d'individus, par petites sommes. Une opération pièces jaunes 2.0, en quelque sorte. Sur les quelque 650 millions de dollars récoltés pendant la campagne, plus des deux tiers provenaient de donateurs individuels.

My.BarackObama.com a muté en «Organizing For America» mais les sites locaux ne sont pas toujours à jour et l'enthousiasme semble être retombé...

C'est normal et pas spécial à Obama. C'est typique d'un candidat qui n'est pas en période de campagne active –regardez la page Facebook de Nicolas Sarkozy (une douzaine d'entrées en un an, ndr). Les réseaux sociaux d'Obama sont en sommeil, telle une armée de réserve. Elle se réveillera le moment venu. Une grande question cependant: sera-t-il capable de remettre ça. En 2008, il était l'outsider, ce qui collait parfaitement à la stratégie de financement choisie. En 2012, il devra sans doute faire avec le parti démocrate.

Pourquoi ne pas avoir davantage utilisé sa plateforme pour les midterms?

Les midterms ne sont pas l'élection d'un seul homme. C'est donc davantage une histoire de grosse machine partisane, avec des mécanismes plus traditionnels.

Comment les républicains ont-il essayé de contrer l'avantage d'Obama sur le web?

Des blogs conservateurs (comme RedState) ont gagné en importance, pour contrebalancer leurs équivalents démocrates comme DailyKos. Ils ont également embauché des blogueurs et des journalistes amateurs pour jouer les «trolls» sur les sites libéraux. Ils ne s'en cachent même pas: parfois, on trouve des annonces spécifiant que la personne doit «être capable de faire ressortir les contradictions internes des blogs démocrates».