Comment Fox News et les médias conservateurs ont réussi à couler Obama

POLITIQUE Si l'économie reste le principal handicap du président, son capital de popularité n'a pas résisté au travail de sape de l'opposition...

Philippe Berry

— 

Trois poids lourds des médias conservateurs: Rush Limbaugh, Glenn Beck et Bill O'Reilly
Trois poids lourds des médias conservateurs: Rush Limbaugh, Glenn Beck et Bill O'Reilly — PHOTOMONTAGE/DR

De notre correspondant à Los Angeles

Oubliez les républicains et le Tea Party. Les vraies forces d'opposition s'appellent Fox News, Rush Limbaugh ou encore Drudge Report. Depuis deux ans, les médias conservateurs torpillent Obama –sa politique et l'homme. Avec un succès dérangeant.

Obama et l'islam

Un simple chiffre: un Américain sur cinq est persuadé qu'Obama est musulman, selon une étude estivale du Pew Center. Seuls 34% savent qu'il est chrétien et 43% ne sont «pas sûrs». Depuis mars 2008 –et l'époque Barack «Hussein» Obama– la réponse «islam/ne sait pas» a progressé de 17%. Bill O'Reilly, Sean Hannity ou Glenn Beck (les trois animateurs stars des talk-shows de Fox News) ou le roi de la radio Rush Limbaugh ne se risquent jamais à affirmer qu'Obama est musulman. En revanche, ils jouent de l’ambiguïté pour laisser la rumeur courir. Limbaugh, dont le show est suivi par 14 millions d'Américains, pendant le débat sur la construction du centre culturel islamique près de Ground Zero, appelait régulièrement le président américain «Imam Obama». Des petites phrases type «Je comprends pourquoi certains pensent qu'il est musulman, depuis quand n'est-il pas allé à l'église?», ponctuées d'un «I'm just sayin'» («J'dis ça, j'dis rien»), achèvent de semer le doute. Glenn Beck, lui, joue plutôt la carte «Obama est un chrétien dans lequel les chrétiens ne se reconnaissent pas».

Vous ne connaissez pas Obama

De manière plus vague, ils jouent sur la distance qu'Obama met entre lui et les autres. «Jamais on en a su aussi peu sur un Président», répète au moins une fois par semaine Rush Limbaugh. «Si Obama est né ici, qu'il montre les preuves», demandait l'été dernier Glenn Beck, balayant d'un revers de main la copie du certificat de naissance fournie par la Maison Blanche aux médias. Les mots «socialiste» et «communiste» et «anti-américain» sont souvent jetés ici et là.

Les mensonges de la réforme de l'assurance maladie

Au moment des débats au Congrès, Sean Hannity a consacré une émission spéciale «Universal Nightmare» (Le cauchemar universel, parodie de «Universal healthcare»). Il y a jeté en vrac des raccourcis sur «la médecine socialiste qui vous empêche de choisir votre docteur et votre traitement» et les pires exemples trouvés chez le voisin canadien. Chez Bill O'Reilly, un expert a juré, sans preuve à l'appui, que «des millions d'Américains» allaient perdre leur assurance maladie. Tous ont relayé en masse l'épouvantail brandi par Sarah Palin des «tribunaux de la mort», avec, selon elle, des docteurs prêts à débrancher mamie si elle coûte trop cher.

La baisse d'impôts passée inaperçue

«Et si un Président avait baissé les impôts de 116 milliards de dollars pour 95% des Américains et que personne ne s'en était rendu compte?», lance le New York Times. C'est pourtant bien ce qui s'est passé: seul un Américain sur dix pense que ses impôts ont baissé sous Obama. Comme expliquer le phénomène? Trois raisons: d'abord, les impôts locaux ont augmenté dans 30 Etats tandis que de nombreux Américains perdaient leur emploi; ensuite, pour relancer l'économie, Obama a choisi une formule qui redonne un peu de pouvoir d'achat chaque mois à ses concitoyens plutôt qu'une somme plus massive à la fin de l'année; enfin, il ne se passe pas un jour sans que la blogosphère conservatrice ne martèle «Obama veut mettre fin aux baisses d'impôts» de Bush. Qu'il s'agisse des baisses d'impôts concernant les plus riches (foyers touchant plus de 250.000 dollars) est vite oublié.

Journalisme ou propagande?

Parfois, la frontière est floue. Lors de ses JT, Fox News reste souvent orienté dans sa sélection mais avec un traitement davantage factuel. Les attaques sont réservées pour les talk-shows, qui sont à la télé ce que l'édito est à la presse. En face, CNN et surtout MSNBC penchent plus à gauche. Problème pour Obama, l'audience de Bill O'Reilly, à 20 heures, est deux à trois fois supérieure à celles des émissions concurrentes de CNN et MSNBC... cumulées.