Nestor Kirchner, l'homme qui a redressé l'Argentine

DISPARITION L'ancien président a amélioré la situation économique et sociale du pays...

B.D. avec AFP

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L'ancien président argentin, Nestor Kirchner, lors d'une conférence de presse à Bogota,  en Colombie, le 6 août 2010.
L'ancien président argentin, Nestor Kirchner, lors d'une conférence de presse à Bogota, en Colombie, le 6 août 2010. — AFP PHOTO/Guillermo LEGARIA

L'ancien président argentin Nestor Kirchner, décédé ce mercredi d'une crise cardiaque à l'âge de 60 ans, s'est imposé comme l'homme fort de l'Argentine sous sa présidence de 2003 à 2007, puis sous celle de sa femme Cristina Kirchner, qui lui a succédé depuis trois ans à la tête de l'Etat.

Né le 25 février 1950 à Rio Gallegos, cet avocat de centre-gauche à l’image d’homme sérieux était un quasi-inconnu au plan national malgré son statut de gouverneur de la province de Santa Cruz lorsqu'il a remporté l'élection présidentielle de 2003.

Redressement de l’Argentine

Fils d'un employé des postes descendant d'immigrants suisses allemands (de la région d'Interlaken) et d'une mère chilienne d'origine croate, le péroniste avait fait valoir son bilan favorable à la tête de sa province, et s’était présenté en candidat modéré et réformiste. Lors de l’élection, il a bénéficié à la fois du soutien du président sortant Eduardo Duhalde, et du retrait de l'ex-président Carlos Menem (1989-1999), sûr de perdre au second tour.

A la tête du pays, Nestor Kirchner, affectueusement surnommé «Pinguino» par ses partisans, a profité du boom des exportations agricoles pour redresser une économie ravagée par la pire crise de son histoire en 2001-2002. En 2005, il a aussi renégocié les trois-quarts de la dette privée du pays, qui avoisinait les 100 milliards de dollars, et soldé ses comptes avec le Fonds monétaire international (9,5 milliards de dollars), qu'il tenait pour responsable de la crise. «Nous enterrons une bonne partie de notre passé», avait-il alors déclaré.

«Pinguino» s’efface au profit de «Pinguina»

Ce militant de longue date du parti péroniste, inquiété par le régime militaire (1976-1983), a aussi oeuvré pour l'annulation des lois d'amnistie et la réouverture des procès des dirigeants de la dictature, qui a laissé 30.000 disparus selon les organisations de défense des droits de l'homme. Pourtant, en dépit d'une popularité supérieure à 60%, cet homme terne avait renoncé à se représenter en 2007 pour soutenir la candidature de son épouse depuis plus de 30 ans, Cristina Kirchner, «Pinguina», avec qui il a eu deux enfants, Maximo (32 ans) et Florencia (19 ans).

Après l’élection de cette dernière à la tête du pays en octobre 2007, il a continué à jouer, dans l’ombre, un rôle prépondérant. Cependant, son influence a diminué au fil de conflits avec les agriculteurs, les médias ou la Cour suprême, et d'accusations d'enrichissement personnel, le patrimoine du couple présidentiel ayant augmenté de plus de 700% depuis 2003.

Affaiblissement politique

Bien qu'élu député, Nestor Kirchner avait été très affaibli par la défaite de sa liste aux législatives de juin 2009 et la perte de la majorité de son parti au Congrès. Il avait rebondi en étant nommé secrétaire général de l'Union des nations sud-américaines (Unasur), grâce au soutien de plusieurs dirigeants de la région, dont le président vénézuélien Hugo Chavez, chef de file de la gauche radicale latino-américaine.

Mais récemment, son dernier soutien, la Confédération générale du travail (CGT, péroniste), avait également été déstabilisée par l'assassinat d'un jeune militant trotskiste. Des membres de la CGT sont soupçonnés d'avoir recruté des hooligans pour tuer ce militant. Ses problèmes artériels à répétition depuis un an avaient également jeté un doute sur sa candidature à la présidentielle de 2011.