Midterms: Obama, autopsie d'un semi-échec

POLITIQUE La déception est sans doute à la hauteur des espoirs générés...

Philippe Berry

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Barack Obama dans le bureau ovale de la Maison Blanche
Barack Obama dans le bureau ovale de la Maison Blanche — WHITE HOUSE/P.SOUZA

 De notre correspondant à Los Angeles

C'était un soir glacial de janvier 2008, à Las Vegas. 20minutes.fr et plusieurs milliers de curieux étaient venus voir ce candidat rock star, alors encore challenger d'Hillary Clinton. Il parlait de changer le monde, de transformer Washington, de lutter contre les lobbies et les intérêts spéciaux, de tendre la main aux républicains, de justice et d'équité. Trois ans après, l'écho de «Yes, we can» s'est tu. Barack Obama a pourtant retroussé ses manches, redoré l'image des Etats-Unis à l'étranger, passé au forceps des projets majeurs comme les réformes de l'assurance maladie et de Wall Street, ainsi qu'un plan de relance de l'économie. Mais rien n'y fait, sa cote de popularité continue de s'effriter, à 45% de satisfaits, et le président n'échappera pas à un vote sanction, le 2 novembre. Décryptage.

Un bilan plombé par le chômage

9,6%. Le taux de chômage est un boulet à traîner pour l'administration Obama. Un chiffre quasi deux fois moins élevé avec déjà coûté cher à Bill Clinton lors de l’élection de mi-mandat de 1996. Obama en personne le reconnaît, la reprise est «douloureusement lente». Et surtout inégale: Wall Street, en partie sauvée par l'argent du contribuable, a affiché des résultats insolents en 2010. En face, un Américain sur sept vit sous le seuil de pauvreté (moins de 16.000 euros par an pour un foyer de quatre personnes). Le problème d'Obama, explique à 20minutes.fr le stratège démocrate Garry South, «c'est que les résultats de son action pour endiguer la crise ne seront pas visibles avant un moment». Dans une situation comparable, Ronald Reagan n'était pas vraiment plus populaire sur la gestion de l'économie, avant que son action soit louée par beaucoup ensuite.

Rien de vraiment changé à Washington

«On a sans doute été naïfs», reconnaît David Axelrod, l'une des éminences grises d'Obama. Dans l'article fleuve «Education d'un président», le New York Timesraconte que Barack Obama perd souvent «vite patience» face aux subtiles jeux de pouvoir en vigueur sur la colline du Capitole. «Nous nous sommes trop concentrés sur les enjeux et pas assez sur la politique», admet Obama. La Maison Blanche a perdu la bataille de la communication sur des victoires comme la réforme de l'assurance maladie, soudain devenue impopulaire. Dans l'autre camp, les républicains ont exploité au mieux une situation économique difficile en devenant le «parti du non», attendant sagement son tour. Mais le parti conservateur n'est pas le seul reponsable de l'échec de la collaboration: il a fallu 18 mois à Obama pour inviter le leader des républicains au Sénat, Mitch McConnell, pour un entretien en tête à tête à la Maison Blanche. Loin du meeting mensuel qu'il avait promis.

Pris dans le bourbier afghan

En ramenant une grande partie des 100.000 «boys» irakiens à la maison, Obamaa tenu sa promesse de campagne. Mais les plus à gauche ont vite déchanté avec l'envoi, en deux temps, de 50.000 soldats supplémentaires en Afghanistan. Unlivre du journaliste Bob Woodward dépeint une administration divisée et hésitante sur la stratégie à adopter. Mais surtout, les résultats sur le terrain ne sont pas vraiment encourageants. Les républicains accusent Obama de dépenser davantage de ressources pour lutter contre la corruption du régime d'Hamid Karzai que contre les terroristes.

Des promesses de campagne au point mort

La prison de Guantanamo? Toujours pas fermée. Le texte sur une limite pour les gaz à émissions? La loi pour mettre fin au tabou homosexuel dans l'armée? Bloqués au Sénat. La réforme de l'immigration? Pas encore sur la table. «Je ne regrette pas d'avoir été ambitieux», jure pourtant Obama, qui demande d'être jugé à la fin de son mandat. Reste à savoir si cela sera dans deux ans ou dans six, s'il parvient à rempiler.