Belgique: le compromis à nouveau rejeté

EUROPE Une nouvelle impasse dans la crise des institutions...

M.P. avec AFP

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Bart De Wever, leader de l'Alliance flamande, le 18 octobre 2010.
Bart De Wever, leader de l'Alliance flamande, le 18 octobre 2010. — N. MAETERLINCK/ AFP

La Belgique s’est réveillée avec la gueule de bois ce lundi matin, après l’échec du compromis de la dernière chance dimanche pour sortir de la crise institutionnelle. Les francophones ont rejeté la proposition du chef de file des indépendantistes flamands pour régler les dissensions entre les deux communautés. «Le pays est, bloc contre bloc, plus divisé que jamais», constate amèrement La Libre Belgique.

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Le rapport de Bart De Wever, leader de l’Alliance flamande (An-VA) préconisant une profonde réforme du système fédéral belge vers une plus grande autonomie des régions, a été rejeté par les francophones. Missionné par le roi Albert II pour tenter de trouver une issue au blocage sur la formation d'un gouvernement fédéral, toujours introuvable depuis les élections législatives du 13 juin, le chef de file des indépendantiste flamands a notamment planché sur la fiscalité et les droits linguistiques, objets de tensions. Il a proposé notamment une autonomie fiscale nettement accrue des régions, allant dans le sens de l’autonomie réclamée par la partie néerlandophone et majoritaire du pays (60% de la population).

«Un équilibre précaire»

Concernant l'épineux dossier de l'arrondissement électoral et judiciaire bilingue de Bruxelles-Hal-Vilvorde, dit «BHV»,  Bart De Wever demande sa scission, réclamée par les partis flamands depuis des années. Cela ferait perdre des droits linguistiques spécifiques à des dizaines de milliers de francophones vivant dans la banlieue flamande de la capitale, qui elle est très majoritairement francophone. Mais dans six communes où les francophones sont majoritaires, ils garderaient le droit de choisir à chaque élection s'ils votent pour les listes flamandes ou de Bruxelles, et donc francophones.

Bart De Wever, de plus, a bien fait comprendre que son offre était à prendre ou à laisser. Son compromis résulte d'«un équilibre précaire» et «celles ou ceux qui veulent toucher aux fondements risquent de faire s'écrouler le château de cartes», a-t-il prévenu dimanche. Résultat: l’offre du leader du parti N-VA, grand vainqueur des élections du 13 juin en Flandre, a été immédiatement rejetée par les partis francophones, qui estiment qu’elle va trop loin dans les revendications néerlandophones.

De nouvelles élections?

Le premier parti francophone, le Parti socialiste, a exprimé sa «profonde déception», estimant que le texte «ne rapproche pas les points de vue». Au contraire, il a dénoncé le «caractère unilatéral, parfois provocateur» de certaines propositions, qui risquent «d'accroître les tensions» entre néerlandophones et francophones. Même son de cloche du côté du mouvement centriste CDH. Ce dernier a qualifié le document de «position unilatérale peu susceptible sur de nombreux points de rapprocher les points de vue».

Du coup, le roi risque au final de devoir convoquer de nouvelles élections législatives, alors que le scrutin du 13 juin - déjà anticipé - a été marqué par le triomphe de la N-VA indépendantiste en Flandre. La Belgique traverse une crise politique ininterrompue depuis 2007 en raison des dissensions entre néerlandophones et francophones, qui menacent l’avenir et l’unité du royaume.