Mineurs chiliens: comment gérer l'après-sortie

PRATIQUE Après l'euphorie, la «redescente»? 20minutes.fr fait le point...

C. F. avec AFP

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Le 11 octobre, l’excavateur a tiré sa révérence, acclamé par les familles des mineurs après avoir réussi la jonction à 622 m de fond.
Le 11 octobre, l’excavateur a tiré sa révérence, acclamé par les familles des mineurs après avoir réussi la jonction à 622 m de fond. — REUTERS

C’est un cauchemar de plus deux mois qui a pris fin ce mercredi pour les 33 mineurs bloqués au Chili. Le rêve commence-t-il pour autant aujourd’hui? Entre les examens de santé, les répercussions psychologiques et la pression médiatique, la «redescente» n’est peut-être pas loin.  
 
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Santé
Les mineurs sont surtout exposés à des risques de lésions oculaires au contact de la lumière du soleil, mais également à des problèmes cutanés et des maux de dents. Ils ont ainsi été transférés ce mercredi par hélicoptère à la ville de Copiapo, pour y subir 48 heures d'examens médicaux approfondis. Là, ils ont été installés dans une aile de l'hôpital aménagée spécialement pour eux, avec notamment les fenêtres fermées pour protéger leurs yeux de la lumière. Les mineurs n'ont pas quitté leurs lunettes de soleil hyper-protectrices depuis leur extraction de la mine.
 
Psycho
Un suivi psychologique leur sera offert par les autorités, pendant six mois au moins. «Leur vie d'“avant” est déjà finie», affirme Enrique Chia, psychologue de l'Université catholique du Chili, pour qui les mineurs seront confrontés à un grand défi de réadaptation dans une période post-traumatique «pleine de risques». Le stress post-traumatique «peut durer plusieurs semaines ou plusieurs mois», rappelle le ministre de la Santé Jaime Manalich.
 
«Une expérience comme la leur peut te renforcer ou t'affaiblir, mais ne te laisse jamais le même», ajoute Enrique Chia. D'où un risque de refuge dans les médicaments, l'alcool.
 
«Une personne qui a été placée face à la mort a réfléchi à sa situation personnelle (...) à ce qu'elle a fait de sa vie et ce qu'elle n'a pas fait, et en cela aussi il faut les accompagner», souligne de son côté Margarita Loubat, psychologue de l'Université du Chili. «Certains d'entre eux pourraient dire: je me sens si bien que je veux rentrer dans ma famille», mais ce refus «hypothèquerait tout le dispositif légal de protection, d'invalidité, de pension, auquel ils ont droit».
 
Famille
Une fois l’euphorie des retrouvailles passée, il ne sera pas forcément évident pour les mineurs de renouer des liens avec leurs proches, qui, eux, n’ont pas vécu la même expérience. D’ailleurs, les 33 ont exprimé dans leurs derniers jours de confinement une «grande préoccupation: rester unis, alors qu'ils viennent de zones différentes du Chili», expliquait Alejandro Pino, membre de l'équipe de suivi.
 
Par ailleurs, des problèmes pourraient survenir à la suite des révélations faites pendant que les 33 mineurs étaient sous terre. Certains ont vu leur vie privée, et notamment l’existence d’une, voire plusieurs maîtresses, mise au jour. Avec toutes les complications que cela peut engendrer, une fois revenus à la surface.
 
Médias
C’est peut-être l’aspect qui sera le plus difficile à gérer. A tel point que des experts de la Nasa ont mis en garde contre les effets «de leur forte notoriété dans le pays, de la pression des médias et de la société». La sortie du premier mineur a d’ailleurs failli mal tourner, après que lui-même et sa famille ont été encerclés par les centaines de journalistes venus filmer leurs réactions. Un scénario quoi pourrait se répéter aux abords de l'hôpital où sont attendus les mineurs. Des dizaines de médias y campent depuis plusieurs jours…
 
«Les médias vont les oppresser. Nombre d'entre eux se verront bombardés d'offres de télévision, pourraient même y faire carrière. Mais cela va durer quelques mois, d'ici mars ce sera un souvenir», estime René Rios, sociologue de l'Université Catholique. Pour Enrique Chia, «ils vont réaliser que la célébrité est limitée, qu'il faut capitaliser, puis commencer un nouveau projet de vie». Loin des caméras.