Tabou homosexuel dans l'armée américaine: la justice interdit l'application de la loi

ETATS-UNIS La juge estime que l'interdiction de révéler son homosexualité sous peine d'être viré «ne respecte pas les droits fondamentaux» des militaires...

P.B. avec AFP

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Les élus républicains trainent des pieds; la justice veut leur forcer la main. Mardi, une juge de Los Angeles a ordonné à l'armée d'arrêter d'appliquer la loi «Don't ask, don't tell» («Ne rien demander, ne rien dire»), qui oblige les militaires a dissimuler leur homosexualité sous peine d'exclusion

La juge Virginia Phillips estime que la loi «ne respecte pas les droits fondamentaux des militaires américains, viole le droit à une application égalitaire de la loi et le droit à la liberté d'expression».

Pour la juge, le texte bafoue les Premier et Cinquième amendements de la constitution américaine. Elle a par conséquent «interdit» aux Etats-Unis d' «appliquer la loi et de la mettre en oeuvre contre n'importe quelle personne sous leur juridiction ou leurs ordres».

Elle a ordonné enfin que «le secrétaire à la Défense suspende ou interrompe toute enquête, renvoi ou procédure en cours entamé en vertu de la loi».

Un gel possible en appel

La décision de la juge Phillips a été immédiatement saluée par Servicemembers United, la plus grande organisation de militaires et d'anciens combattants gays et lesbiennes des Etats-Unis. «La décision du juge Phillips est un nouveau pas, courageux et historique, dans la bonne direction, un pas que le Congrès tarde à franchir», a déclaré dans un communiqué Alexander Nicholson, directeur de l'association.

«Cependant, sans rien enlever à l'importance de la nouvelle, nous voulons mettre en garde contre un gel éventuel de la décision par la cour d'appel. Mais si cette dernière veut être du bon côté de l'histoire, elle confirmera cette décision juste et longtemps espérée», ajoute-t-il.

«Changement hâtif», juge un républicain

Le jugement dépourvu d'ambiguïté de la justice américaine tranche avec les atermoiements du Sénat américain, qui avait rejeté fin septembre, pour une durée illimitée, l'examen de l'abrogation de la loi, soutenue par le président Barack Obama et le chef d'état-major interarmées, l'amiral Michael Mullen.

Les sénateurs républicains, globalement opposés à l'abrogation, réclament les conclusions d'une étude du Pentagone sur la façon de mettre fin au tabou homosexuel dans l'armée, avant tout vote sur la question.

 

Mardi, le parlementaire républicain Howard P. McKeon a exhorté l'administration à faire appel de la décision, qualifiée de «changement hâtif» qui pourrait «avoir un impact négatif sur les soldats et leurs famille».