Washington s'excuse pour des expérimentations médicales, le Guatemala dénonce un crime contre l'Humanité

DIPLOMATIE Dans les années 40, les Etats-Unis ont inoculé des MST à des patients guatémaltèques, à leur insu...

P.B. avec AFP

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La secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, est arrivée dans la nuit de vendredi à samedi à Ankara pour relancer une relation stratégique altérée par des tensions avec l'administration Bush sur le problème kurde.
La secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, est arrivée dans la nuit de vendredi à samedi à Ankara pour relancer une relation stratégique altérée par des tensions avec l'administration Bush sur le problème kurde. — Fabrice Coffrini AFP

Le clash diplomatico-médical entre Washington et Guatemala City prend de l'ampleur. Les Etats-Unis ont présenté vendredi des excuses à des centaines de Guatémaltèques qui ont été infectés à leur insu par la syphilis et la blennorragie dans le cadre d'une étude, dans les années 40. Des excuses? Pas suffisant, selon le chef d'Etat de ce pays d'Amérique centrale, qui ne compte pas en rester là.

«Ce qui est arrivé à l'époque est un crime contre l'Humanité et le gouvernement se réserve le droit de porter plainte», a aussitôt lancé Alvaro Colom, après avoir été informé de l'expérience par Hillary Clinton. L'étude, menée de 1946 à 1948 au Guatemala était «clairement contraire à l'éthique» et «répréhensible», ont déclaré la secrétaire d'Etat et la ministre de la Santé, Kathleen Sebelius.

«Recherches répugnantes»

Les chercheurs qui ont mené cette étude avaient choisi comme cobayes des personnes vulnérables, y compris des malades mentaux, et ne les ont informées ni de l'objet de leur recherche, ni de ce qui allait leur arriver. Ils les ont encouragés à transmettre des maladies sexuelles et n'ont pas traité ceux d'entre eux qui ont contracté la syphilis. Environ 1.500 personnes ont participé à cette étude, et l'un des patients au moins est mort pendant qu'elle était menée, sans qu'il soit établi si l'expérience est elle-même à l'origine de son décès.

«Bien que ces événements aient eu lieu il y a plus de 64 ans, nous sommes révoltées qu'une recherche aussi répréhensible ait pu être menée en invoquant la santé publique», écrivent les deux ministres. «Nous regrettons profondément que cela ait eu lieu et présentons nos excuses aux personnes qui ont été affectées par des pratiques de recherche aussi répugnantes», poursuivent-elles, annonçant le lancement d'une enquête approfondie sur ce qui s'est passé.

Des prostituées et des malades mentaux touchés

L'étude était financée par une bourse des Instituts américains de la santé accordée au Bureau sanitaire panaméricain, devenu ensuite l'Organisation panaméricaine pour la santé. Dans un premier temps, les chercheurs ont inoculé la syphilis ou la blennorragie à des prostituées, les laissant ensuite avoir des rapports sexuels avec des soldats ou des détenus.

Dans une deuxième phase, «voyant que peu d'hommes étaient infectés, l'approche de la recherche a changé et a consisté à inoculer ces maladies directement à des soldats, des prisonniers et des malades mentaux», selon des documents décrivant l'étude.