Equateur: le président Correa accuse les policiers d'avoir voulu l'assassiner

C.C. avec AFP

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Des policiers réunis devant le quartier général de la police, à Quito, en Equateur, jeudi 30 septembre 2010.
Des policiers réunis devant le quartier général de la police, à Quito, en Equateur, jeudi 30 septembre 2010. — REUTERS/Guillermo Granja

La deuxième tentative fut la bonne. Jeudi soir, le président équatorien, Rafael Correa, a pu quitter l'hôpital où il a été retenu pendant douze heures par des policiers et regagner le palais présidentiel. Un bataillon de militaires et une unité d'élite de la police sont venus le libérer, échangeant des tirs nourris avec les opposants, des policiers et militaires mécontents de la suppression de certaines primes. L'opération militaire a fait deux morts et 37 blessés, a déclaré un porte-parole de la Croix-Rouge, Fernando Gandarillas.

Le chef de l'Etat équatorien, allié du président vénézuélien Hugo Chavez, s'était réfugié dans l'hôpital après l'explosion d'une grenade lacrymogène lancée par des mutins près de lui. Il a assuré que les policiers en conflit avec son gouvernement avaient cherché à l'assassiner dans l'hôpital où il a été séquestré et qu'il avait été sauvé par l'efficacité du travail des forces légitimistes. Le chef de la police équatorienne, le général Freddy Martinez, a tout de même démissionné de ses fonctions après cette rébellion, a indiqué ce vendredi un porte-parole de la police.

Tentative de coup d'Etat, selon Correa

Plus tôt, le gouvernement équatorien, qui a dénoncé une tentative de coup d'Etat, a déclaré l'état d'urgence dans le pays. A Quito, la capitale du pays, une centaine de militaires ont occupé l'aéroport international, qui a dû être fermé durant plusieurs heures. Des policiers ont en outre occupé la principale caserne de la capitale tout comme le bâtiment du Congrès. En début de soirée, des heurts ont éclaté entre policiers et partisans de Rafael Correa.

«Par la faute d'un groupe de déséquilibrés et à cause de l'infamie des conspirateurs de toujours, on a maltraité, séquestré le président et des frères équatoriens sont tombés pour le libérer», a lancé Rafael Correa depuis le balcon présidentiel à ses milliers de partisans venus attendre son retour. Ce fut «l'un des jours les plus tristes de ma vie», a ajouté le chef de l'Etat.

«L'histoire jugera (les auteurs de ces incidents, ndlr). Mais désormais nous allons nous tourner vers l'avenir avec encore plus d'enthousiasme, d'espoir et de conviction», a-t-il ajouté avant d'assurer qu'il ferait en sorte que «la révolution citoyenne» ne soit jamais stoppée. 

Catherine Ashton «très préoccupée»

La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a appelé jeudi à la préservation de l'ordre constitutionnel et à la retenue en Equateur, se disant «très préoccupée» par les récents événements sur place. De son côté, le président chilien Sebastian Pinera a exprimé son soutien «absolu et total» à son homologue équatorien Rafael Correa, tout comme la Maison Blanche et les Nations Unies.

Les chefs d'Etat sud-américains ont appelé ce vendredi à Buenos Aires à juger et condamner les «responsables de la tentative de coup d'Etat» contre le président équatorien Rafael Correa, dans une déclaration commune à l'issue d'un sommet. Ils «condamnent énergiquement» la rébellion de policiers et militaires et l'enlèvement de Rafael Correa et se disent déterminés «à ne tolérer aucune nouvelle atteinte à l'autorité institutionnelle», selon le texte.

Une popularité qui s'effrite

Le chef de l'Etat, réélu en avril 2009 dès le premier tour après avoir multiplié les programmes sociaux dans ce pays où 38% de la population vit sous le seuil de pauvreté, a vu sa popularité s'effriter ses derniers mois. Même si 53% des Equatoriens approuvent sa gestion, selon un sondage Cedatos-Gallup publié mi-septembre, il affronte depuis quelques semaines la fronde des enseignants ou des chauffeurs.

L'opposition cherche en outre à promouvoir un référendum en vue de sa révocation. La situation est également tendue dans son camp. Rafael Correa envisagerait de dissoudre l'assemblée car une partie de sa majorité renâcle à ses mesures de rigueur budgétaire, à l'origine du soulèvement policier.