La compagne du blogueur iranien: «Il y a urgence pour Hossein Derakhshan»

INTERVIEW Le blogueur et journaliste irano-canadien de 35 ans est emprisonné depuis 2008. Sa compagne Sandrine Murcia répond à 20minutes.fr...

Propos recueillis par Julie Rasplus
— 
Capture d'écran de la page Facebook de soutien au blogueur et journaliste irano-canadien Hossein Derakhshan
Capture d'écran de la page Facebook de soutien au blogueur et journaliste irano-canadien Hossein Derakhshan — 20minutes.fr

Quelle est la situation d’Hossein Derakhshan?
Mercredi dernier, j’ai appris que le procureur de Téhéran avait requis la peine de mort contre Hossein. Pour le moment, on attend la décision du juge mais il n’y a pas de calendrier. Ça peut être demain, après-demain, la semaine prochaine ou dans deux mois.

Qu’est-ce qu’on lui reproche?
Il y a trois chefs d’accusation contre lui: collaboration avec des groupes hostiles à l’Iran car il s’est rendu deux fois en Israël et avec des groupes anti-révolutionnaires. Il est aussi jugé pour des insultes aux symboles religieux. En Iran, il y a plein de formules de politesse lorsqu’on parle de l’Ayatollah par exemple. Hossein ne les utilisait pas. Il écrivait dans un persan plutôt parlé.

Comment cela est arrivé?
Il a commencé son blog en persan et en anglais en septembre 2001 depuis Toronto*. Nous nous sommes rencontrés à Paris, en 2006. Il est venu s’y installer l’année d’après. Fin 2008, il a décidé de repartir en Iran. Cela faisait trois ans qu’il n’avait pas vu sa famille. Il voulait également couvrir le 30e anniversaire de la révolution iranienne et l’élection présidentielle de 2009. Il savait ce qu’il risquait, à cause de son activité de blogueur. Il a été arrêté chez lui, deux semaines après son arrivée, en novembre 2008. Pendant deux mois, nous n’avons eu aucune nouvelle. En décembre 2008, on a eu la confirmation qu’il avait été arrêté. Depuis, il est en prison. Cela fait deux ans que je n’ai ni vu ni parlé à Hossein.
*Ndlr: Hossein Derakhshan a immigré au Canada en 2000 et y a obtenu la nationalité canadienne. Parallèlement à ses activités de blogueur, il a collaboré à plusieurs titres (Newsweek, le Guardian et le New York Times)

Qu’attendez-vous de la mobilisation?
La nouvelle du réquisitoire a cristallisé les énergies car il y a urgence. Hossein doit être libéré. Il n’a commis aucun crime. Pour le moment, je suis portée par le fait de parler aux médias et de mobiliser les citoyens. Mercredi, on a ouvert la pétition en ligne. On a déjà près de 5.000 signatures. Un relais officiel se met en place. Le quai d’Orsay a été alerté. Bertrand Delanoë a repris mon appel. On doit surtout faire pression sur les autorités canadiennes grâce à d’autres instances. Depuis deux ans, le Canada est aux abonnés absents. Je ne comprends pas pourquoi.

Dans quel état d’esprit êtes-vous?
Je veux croire à sa libération mais je sais que cela va prendre beaucoup de temps. Ça pourrait être possible grâce à la pression citoyenne et médiatique. Du coup, j’essaie de ne pas perdre espoir et de conserver mon énergie pour continuer la mobilisation. Il ne faut pas que ça retombe. Pour moi, c’est dur qu’il ne soit pas là, de ne pas avoir de nouvelles directes. Mais en même temps, il y a une présence beaucoup plus forte. Toute la journée, je pense à lui.