Jeux du Commonwealth en Inde: «Ce fiasco n'est pas réellement une surprise»

ENTRETIEN Gilles Boquérat, responsable du programme Inde et Asie du Sud au Centre Asie de l'Institut français des relations internationales (Ifri), revient sur un événement sujet à toutes les controverses...

Propos recueillis par Corentin Chauvel
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P.UGARTE / AFP

Même si le directeur général de la Fédération des Jeux du Commonwealth a salué ce jeudi les progrès réalisés par les organisateurs indiens pour que la compétition soit fin prête pour son ouverture à New Delhi le 3 octobre prochain, les difficultés de toutes sortes (corruption, terrorisme, hygiène) se sont abattues sur l’organisation. Pour Gilles Boquérat, responsable du programme Inde et Asie du Sud au Centre Asie de l'Institut français des relations internationales (Ifri), cet échec «n’est pas réellement une surprise».

Est-ce que l’Inde était capable d’accueillir les Jeux du Commonwealth?
On peut effectivement se poser la question. Au départ, il s’agissait pour l’Inde de montrer sa capacité à organiser un événement international. Mais malgré un «image boosting», doté d’un énorme battage médiatique depuis deux ans, j’ai l’impression que les Indiens ne se sont pas rendu compte que cet événement n’intéresse en fait pas grand monde au niveau international. Même les grands athlètes ne se déplacent pas. Alors que cela aurait pu être un tremplin pour de futurs Jeux olympiques, les résultats que l’on voit apportent un effet contraire et vont plomber leur dossier.

A quoi sont dus tous ces dysfonctionnements?
Les exemples abondent. Il y a eu une corruption énorme et le seul effet positif est que la bureaucratie indienne va être pointée du doigt. Il y a eu également un éclatement des différents centres de décision. Au lieu d’un comité d’organisation unique, on a vu plusieurs comités qui se sont marché sur les pieds. Selon un ancien ministre indien des Sports, l’Inde n’aurait pas dû organiser ces Jeux. En effet, le pays n’est pas une nation très sportive et brille par son absence de médailles dans les grandes compétitions internationales. Il faut plutôt faire des efforts à la base et développer le vivier de sportifs indiens.

Ne pouvait-on pas espérer que cet événement sportif soit une réussite comme en Chine ou plus récemment en Afrique du Sud?
Malheureusement, ce fiasco n’est pas réellement une surprise. Même si tout est prêt à temps, je suis inquiet sur la durabilité des infrastructures qui ont été réalisées. Elles ont été faites à la va-vite, à l’indienne, avec des ouvriers journaliers en tongs, des femmes qui portent du ciment sur la tête… La mousson n’a rien arrangé, cela faisait plusieurs décennies qu’il n’avait pas plu autant. Pourtant, beaucoup d’argent public a été mis dans ces Jeux, c’est un énorme gaspillage.

Cet échec est-il un camouflet pour tout le pays?
Même si la compétition ne se passe finalement pas trop mal, on se rappellera toujours de ce qu’il s’est passé avant. Pour les quotidiens indiens, c’est une «honte nationale». Certains dirigeants indiens disaient que l’organisation des Jeux du Commonwealth éclipserait les Jeux olympiques de Pékin. Or il y a encore des retards alors que les prochains Jeux asiatiques de Canton (Chine), prévus en novembre, sont déjà prêts. Le risque était énorme, en voulant magnifier ces Jeux, les retombées vont être d’autant plus lourdes et les dirigeants indiens, qui ont voulu minimiser les incidents, ne seront pas redevables même si l’opposition va saisir la balle au bond.