Jeux du Commonwealth en Inde: un fiasco avant même leur ouverture

SPORTS A une semaine et demie du début des épreuves, toutes les conditions ne sont toujours pas réunies pour que la compétition ait lieu...

Corentin Chauvel avec AFP
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B.MATHUR / REUTERS

L’Inde ne pouvait pas espérer pire. Retards dans les chantiers, accidents, terrorisme, corruption, scandales financiers… A une semaine et demie de l’ouverture des 19e Jeux du Commonwealth (du 3 au 14 octobre) à New Delhi, qui doivent accueillir 7.000 athlètes de 71 nationalités différentes de l’ancien empire britannique, les catastrophes s’accumulent. D’ores et déjà baptisés «Jeux de la honte» par la presse indienne, ils étaient pourtant censés être une chance d'attirer les regards sur l'Inde et son statut de superpuissance économique émergente.

Tout a commencé fin juillet lorsque la presse indienne a révélé que certains certificats garantissant la qualité des équipements construits pour cet événement étaient faux ou suspects alors que le budget pour les infrastructures et l'organisation (près de deux milliards d’euros, cinq fois plus élevé que le montant prévu) est le plus cher de toute l’histoire de la compétition.

Boycott et forfaits en série

Le mois dernier, ce sont les conditions de sécurité qui ont été montrées du doigt. Les appels au boycott de la compétition se sont succédé. Et ils ont été entendus, la liste des grands athlètes se désistant ne cessant de s'allonger: les Jamaïquains Usain Bolt et Asafa Powell en sprint, les Australiens Leyton Hewitt, Samantha Stosur (tennis) et Stephanie Rice (natation), l’Anglais Phillips Idowu (triple saut) ou encore l'Ecossais Chris Hoy (cyclisme).

Les déclarations rassurantes des autorités, promettant des Jeux «sûrs et sécurisés», n’y ont rien fait, plombées notamment par l’attaque d’un bus de tourisme par un groupe d’islamistes armés dans la capitale indienne dimanche dernier. «Nous vous avertissons. Si vous avez des tripes, alors organisez les jeux du Commonwealth... Nous savons que les préparatifs battent leur plein. Soyez préparés... Nous savons aussi faire des préparatifs», indiquait leur revendication. Le gouvernement australien a alors prévenu lundi d’un «risque élevé d’attentat terroriste à New Delhi».

Des conditions d’hygiène et sanitaires déplorables

Mardi a été encore plus noir. Dans la même journée, une équipe australienne de télévision a affirmé avoir réussi à introduire sur le principal site sportif une valise contenant les éléments pouvant servir à assembler un kit d'explosifs sans attirer de soupçons, un pont réservé aux piétons en cours de construction près du principal stade s'est effondré et des responsables des nations participantes ont été «choqués» parce qu'ils ont vu dans le village devant accueillir les athlètes.

Les responsables d’une délégation de Nouvelle-Zélande ont été jusqu’à considérer que les conditions d'hygiène et sanitaires du village, dont l’ouverture est prévue ce jeudi, compromettaient la totalité des Jeux. Le comité olympique néo-zélandais a ainsi préféré retarder l’arrivée de ses athlètes, censés débarquer cette semaine en Inde. Même décision pour le Canada et l’Ecosse.

«Chacun a des normes différentes en matière de propreté. Les Occidentaux ont différentes normes, nous avons différentes normes», s’est contenté de répondre le secrétaire général du comité organisateur. Mais l’effondrement mercredi d’une partie d'un faux plafond de l'un des principaux stades ne devrait pas rassurer plus les délégations participantes. Devant tant de déboires, le Premier ministre indien, Manmohan Singh, a convoqué une réunion de crise ce jeudi avec les principaux ministres impliqués dans l'organisation des Jeux afin sans doute de calmer la «colère froide» de la reine d'Angleterre et surtout d’éviter de prendre «une gifle retentissante à la face de l'Inde».