Abou Zeid, le leader jusqu'au boutiste d'Al-Qaida au Mali

PORTRAIT C'est lui a conduit l'opération de l'enlèvement des cinq Français au Niger...

Catherine Fournier

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Jusqu’au-boutiste et radical. C’est la réputation de l’Algérien Abdelhamid Abou Zeid, dont la katiba serait à l’origine du rapt des employés d’Areva et de Vinci. Implanté dans l’est du Sahel, il est considéré comme le chef d'Aqmi (Al Qaida au Maghreb islamique) au Mali.
 
Cet Algérien de 44 ans serait à l’origine des exécutions du Britannique Edwin Dyer et du Français Michel Germaneau, dont on n’a jamais retrouvé le corps.

«C’est le plus redoutable»

«Depuis deux ans, Abou Zeid a étendu de manière spectaculaire son terrain d'action, avec une grande mobilité, kidnappant des touristes dans le sud de la Tunisie, ouvrant le front du Niger qui n'existait pas avant lui», explique dans La Voix du Nord le chercheur français Jean-Pierre Filiu, auteur des Neuf vies d'Al Qaida.
 
L’homme est sorti de l’ombre en 2003, lors de l’enlèvement de 32 touristes européens dans le sud algérien par Abderrazak, dit «le para», l’un des «émirs» de l’ex-Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). Abou Zeid, son adjoint, est décrit par les otages comme quelqu’un de petit, maigre, portant la barbichette et sans charisme particulier. Certains le disent même illettré. Mais l’homme est dur en négociations. Le Français Pierre Camatte, retenu en otage pendant trois mois dans le nord du Mali et libéré en février 2010, raconte qu’Abou Zeid lui a posé des questions «qui [allaient] droit au but », en arabe. «Ton nom? Ta profession? Ta formation (université? quel niveau? licence?)? Des enfants?»

Dominique Thomas, spécialiste des mouvements islamistes à L’Ehess, confirme à 20minutes.fr: «Abou Zeid est plutôt doctrinal et intransigeant. Il a des avis assez tranchés, plus proche de la direction d’Aqmi.» «C’est le plus redoutable. Son prédécesseur - Abderrazak - était un gangster, mais il n’avait jamais tué. Abou Zeid qui est là depuis deux ans, lui est très violent», renchérit Antoine Basbous, fondateur de l’Observatoire des Pays arabes.

Opposé à «Mister Marlboro»

Né à Toggourt, au sud d’Alger, Abou Zeid est un pur produit de la guerre civile algérienne, indique Le Parisien. Jeune, il devient membre du Front islamique du salut puis rejoint les rangs du GSPC, l’ex-GIA qui deviendra l’Aqmi.
 
Plus présente à l’ouest du Sahel, la katiba de Mokhtar Belmokhtar, surnommé «Mister Marlboro», du fait de son goût pour la contrebande, serait plus prompte à négocier. Ainsi, le groupe aurait obtenu 7 millions d’euros en échange des deux otages espagnols libérés à la fin août. Les deux katibas, opposées, obéissent aux ordres de l’Algérien Abdelmalek Droukdel, un ancien du GSPC. Abou Zeid lui est fidèle. Quelles seront les directives pour les sept otages retenus au Niger? Pour l’instant, les revendications précises du groupe ne sont pas encore parvenues aux autorités.