Otages au Niger: qui se cache derrière Aqmi?

NIGER Le groupe a revendiqué la capture des employés français d'Areva et de Vinci...

Oriane Raffin

— 

Le désert mauritanien en 2008.
Le désert mauritanien en 2008. — Daniel Ochoa de Olza/AP/SIPA

Aqmi, ou Al-Qaida au Maghreb Islamique, a revendiqué l’enlèvement des cinq Français au Niger, jeudi dernier. Qui se cache derrière ce nom? Décryptage.

D’où vient Aqmi?
Le mouvement, né dans les années 2000, en Algérie, est l’héritier du GSPC, le groupe salafiste pour la prédication et le combat, lui-même «bébé du GIA», explique Antoine Basbous, politologue spécialiste du monde arabe, contacté par 20minutes.fr. «Quand le GSPC a été discrédité, il a muté en Aqmi, avec pour ambition de déployer une couverture internationale et de rayonner sur le Sahel

«C’est donc un groupe héritier des groupes algériens anti-français, précise Yves Trotignon, spécialiste en terrorisme au sein du cabinet Risk & co., les émirs présents dans l’organisation aujourd’hui étaient déjà là dans les années 90.» Selon le spécialiste, le nom d’Aqmi a été adopté en janvier 2007. L’adoubement par Al-Qaida remonte, lui, à septembre 2006, après toute une série de contacts entre les deux organisations.

Qui compose Aqmi?
Essentiellement des Algériens, ainsi que des Mauritaniens. «L’Etat-major est dans sa quasi-majorité algérien, explique Yves Trotignon. Il a été rejoint par quelques djihadistes tunisiens ou marocains.»

Ensuite, au sud, le réseau Aqmi s’est développé. On y retrouve des Algériens, rejoints par des Mauritaniens, des Nigériens, des Nigérians ainsi que des Maliens. «Au sud, les groupes sont plus africains, poursuit le spécialiste. Ils ont une grande autonomie sur les trafics mais ils rendent compte à la Kabylie pour les grosses opérations». Par exemple, dans le cas de la prise d’otages, c’est l’Algérie qui a communiqué.

«Le nombre de membres d’Aqmi est très flou, estime Antoine Basbous. La base du désert doit regrouper 300 à 500 hommes». On retrouve ensuite des groupes locaux, qui rejoignent Aqmi pour des raisons financières -les trafics- plus qu’idéologiques. «La greffe fonctionne bien, constate Dominique Thomas, spécialiste des mouvements islamistes à l’EHESS, Aqmi a la capacité financière d’acheter la protection de groupes locaux, ce qui crée de véritables sanctuaires pour l’organisation».

Où l’organisation est-elle influente?
«Aqmi a d’abord eu une première tentative infructueuse de s’étendre vers le Maroc et la Tunisie, explique Dominique Thomas. Ensuite, elle s’est développée vers la Mauritanie». «Aqmi a eu la volonté de s’implanter dans le sud pour bénéficier de la zone du Sahel, avec des états faibles et instables, ce qui facilite la contrebande et les trafics», poursuit le spécialiste. L’organisation est influente aujourd’hui en Algérie, au Mali, au Niger et au Tchad.

Quels sont les rapports avec Al-Qaida?
«Il n’y a pas de proximité de commandement, explique Antoine Basbous, mais une proximité idéologique.» Selon lui, le commandement en Afghanistan n’a «plus les moyens d’entrer en contact avec les filiales et de donner des instructions».

«Ils ne font pas d’opérations ensembles. Al-Qaida est avant tout un soutien logistique et intellectuel, qui n’est plus capable d’organiser des actions», complète Yves Trotignon. Ce qui n’empêche pas les deux organisations d’avoir des contacts fréquents.

Comment est financée l’organisation?
Principalement par les prises d’otages. «Ils ont la chance d’avoir des otages européens, dont les pays rachètent la libération au prix fort», explique Antoine Basbous. «Ça a débuté en 2003, avec l’Allemagne qui a déboursé 30 millions d’euros pour une trentaine de personnes, poursuit-il, depuis, les tarifs ont augmenté très rapidement. Ils ont été multipliés par sept en quelques années».

A cela s’ajoutent les trafics. «Mais il ne faut pas oublier que la guérilla algérienne est une guérilla pauvre, souligne Yves Trotignon. Al-Qaida au Yémen ou au Pakistan est beaucoup mieux équipé, avec des missiles. Aqmi reste assez rustique».