Elections législatives en Suède: «Il y a une désorientation de l'électorat suédois»

INTERVIEW Jenny Andersson, chargée de recherches au Ceri, revient pour 20minutes.fr sur les grands enseignements du scrutin...

Propos recueillis par Corentin Chauvel

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SCANPIX SWEDEN / REUTERS

Au lendemain des élections législatives suédoises de dimanche, la situation est chaotique. La coalition de centre-droit, dirigée par le parti Moderaterna du Premier ministre sortant Fredrik Reinfeldt, n’a pas réussi à obtenir la majorité absolue (à trois sièges près) et se retrouve contrainte de négocier avec les écologistes, qui s’y refusent, pour ne pas avoir à s'appuyer sur l'extrême droite. Quant aux sociaux-démocrates, garants du «modèle suédois», ils sont également les grands perdants de ce scrutin après un précédent revers en 2006, selon Jenny Andersson, chargée de recherches au Centre d’études et de recherche internationale (Ceri).

Comment peut-on expliquer cette nouvelle défaite du parti social-démocrate?
Il y a une désorientation de l’électorat suédois. En effet, la politique du Moderaterna s’est recentrée, se réclamant des mêmes valeurs que celles du parti Social-Démocrate, et il n’est pas clair aujourd’hui que le gouvernement sortant soit beaucoup plus à droite.

Le modèle suédois, créé par les sociaux-démocrates, est-il menacé?
Depuis la première expérience de la droite au pouvoir, de 1991 à 1994 et même après le retour de la gauche, de 1994 à 2006, le modèle suédois a subi des changements fondamentaux. Ce n’est plus le même modèle que dans la période d’après-guerre et il n’arrête pas d’évoluer. La droite a contribué à le rendre différent notamment en baissant l’assurance-chômage et l’influence des syndicats sur celle-ci (ce sont eux qui en fixent le montant, NDLR), en privatisant l’école publique et en contribuant à la précarisation de l’emploi.  Pour autant, le faible taux de pauvreté et l’égalité sociale élevée ne risquent pas de changer.

Que peut faire le parti Social-démocrate pour retrouver le pouvoir?
D’abord, il doit retrouver un nouveau leader après Mona Sahlin, mais la succession est loin d’être arrêtée. Ensuite, il y a deux scénarios. Soit le parti Social-Démocrate reste au centre dans cette alliance pleine de tension avec les Verts, grands gagnants de ces élections et qui sont désormais puissants, soit il cède à l’influence des Verts, mais l’enjeu est plus grand.

La percée des Démocrates de Suède (extrême-droite) est-elle inquiétante?
Oui, ce ne sont pas des gentils et leur entrée au Parlement suédois va changer tout le paysage politique suédois. Les Démocrates de Suède sont très doués et professionnels. Ils ont convaincu les électeurs désenchantés de la social-démocratie en jouant la carte nostalgique de la Suède d’autrefois et du «foyer du peuple» perdu à cause de l’immigration et du multiculturalisme. Car il ne faut pas oublier que le modèle suédois est aussi bâti sur des idées nationalistes avec un peuple homogène. Pour en arriver là, les Démocrates de Suède ont également effectué un grand travail de nettoyage de leur image publique afin de s’établir comme un parti légitime parmi les autres. Mais ils n’ont rompu que très récemment avec leurs racines néo-nazies des années 1980 et 1990.