Le Niger, nouvelle terre d'élection d'Al Qaida

TERRORISME Occupé à combattre la rébellion touareg, le pays a laissé les islamistes gagner du terrain...

C. F. avec AFP

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Photo de touristes européens diffusée le 18 septembre 2009 par la branche nord-africaine d'Al Qaida, qui avait renvendiqué l'enlèvement au Niger.
Photo de touristes européens diffusée le 18 septembre 2009 par la branche nord-africaine d'Al Qaida, qui avait renvendiqué l'enlèvement au Niger. — AFP/IntelCenter/Archives

Depuis 2003, plus de dix enlèvements d’étrangers ont eu lieu dans les pays du Sahel, et plus particulièrement dans la «zone grise», située entre le Niger, le Mali et la Mauritanie, une région extrêmement pauvre et mal contrôlée. La plupart de ces enlèvements ont été revendiqués par Al Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). Mais les rebelles touaregs n’y sont parfois pas étrangers. Explications.

Pourquoi Al Qaida intervient au Niger?
Depuis le rattachement du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) - une organisation islamique armée d'Algérie - à la mouvance Al Qaida, donnant naissance à l'Aqmi, la menace terroriste dans la région sahélo-saharienne s’est renforcée, explique le ministère des Affaires étrangères sur son site. Et si la Mauritanie semble constituer la cible privilégiée d’Aqmi après l’Algérie, précise le Quai d’Orsay, aucun Etat de la région n’est épargné. Le premier raid d’Al Qaida au Niger date de février 2009, avec l’enlèvement de deux diplomates canadiens et de quatre touristes européens.

Mamane Abou, directeur du journal indépendant Le Républicain, expliquait alors à l’AFP qu’«en concentrant 80% de ses forces armées dans le nord pour combattre la rébellion touareg, le Niger a dégarni le reste de son vaste territoire, notamment l'ouest proche des bases d'Al Qaida». L'ancien diplomate Issoufou Bachar, qui se présente comme un «islamiste», indiquait pour sa part à l’agence que «le système de sécurité nigérien ne peut rien contre Al Qaida pour qui le terrain reste très fertile» au Niger, un Etat laïc majoritairement musulman.

Quel lien entre les rebelles touaregs et l’Aqmi?
Dans l’affaire de l’enlèvement des cinq Français, Areva a reconnu que la sécurité des expatriés français du groupe à Arlit était assurée par des sociétés privées appartenant à d'«anciens chefs de la rébellion» touareg. Et le Niger a affirmé que les ravisseurs parlaient «majoritairement» arabe et tamachek, langue des Touaregs de la région. «Ce n'est pas parce que certains des ravisseurs parlent le tamachek qu'il faut accuser toute la communauté touareg», s’insurge toutefois Boutali Tchewiren, ancien porte-parole du Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ, principal front de l'ex-rébellion).

Les spécialistes de la région s’accordent malgré tout sur le fait que des liens financiers se sont noués entre des islamistes armés et des touaregs, à la fin de la rébellion touareg au Niger en 2009. L'historien nigérien Djibo Hamani évoque le cas de «gens qui, après avoir participé au mouvement de rébellion, trouvent un moyen facile d’amasser de l'argent» en prenant part à des enlèvements. «Avec une kalachnikov et en une seule opération, ils ont de quoi vivre toute une année», disait-il vendredi sur une radio privée.

Mais Pierre Boilley, directeur du Centre d'étude des mondes africains (Cemaf) au CNRS, reste «persuadé qu'il n'y a que très peu de Touaregs» dans les rangs des jihadistes. «Ce sont des relations de voisinage, puisque Aqmi s'est installée au fil des ans dans des massifs montagneux proches des zones touareg, et des relations d'affaires», notamment dans les trafics en tous genres (drogue, clandestins...) dont ces immenses zones désertiques sont le théâtre.

Quelles sont les revendications des rebelles touaregs?
Au Niger, ils réclament notamment une meilleure répartition des juteux revenus miniers (uranium et charbon). Lancée en 2007, la seconde rébellion touareg (après celle des années 1990) avait laissé sur le carreau de nombreux ex-combattants après la fin des hostilités. Fin octobre 2009, Niamey avait accordé une amnistie aux rebelles ayant décidé de déposer les armes. Mais pour Boutali Tchewiren, «les promesses d'insertion socio-économique des ex-combattants n'ont jamais été tenues». Pourtant, rappelle-t-il à l'AFP, «à l'époque du régime de Mamadou Tandja (renversé en février), on avait émis des inquiétudes de voir se déverser plus de 7.000 combattants dans la nature».