Afghanistan: Des élections placées sous le signe de la violence et de la fraude

POLITIQUE Ces deuxièmes législatives depuis la chute des talibans s'annoncent périlleuses...

J.C. avec AFP

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Des policiers afghans montent la garde à l'extérieur d'un bureau de vote de Kaboul le 18 septembre 2010.
Des policiers afghans montent la garde à l'extérieur d'un bureau de vote de Kaboul le 18 septembre 2010. — REUTERS/Fayaz Kabli

Attentats et tirs de roquettes, qui ont fait quatorze morts (onze civils et trois policiers) et plusieurs blessés, ont marqué samedi les législatives en Afghanistan. Un scrutin placé sous la menace des talibans mais aussi des fraudes. Une roquette s'est abattue à l'aube sans faire de dégâts sur l'état-major de la force internationale de l'Otan (Isaf) en plein centre de Kaboul, et d'autres ont été tirées dans plusieurs villes et villages, dont une, dans l'est du pays, a tué au moins deux personnes dans une maison.

Le gouverneur de Kandahar échappe à une explosion

Un attentat a également blessé trois personnes, dont deux observateurs afghans, dans un bureau de vote de la province de Khost (sud). Et le gouverneur de la province de Kandahar (sud), berceau et principal bastion des talibans, a assuré à l'AFP qu'il avait réchappé à l'explosion d'une bombe artisanale au passage de sa voiture.

Sur le plan de la politique interne, ces secondes législatives au suffrage universel depuis la chute du régime des talibans fin 2001 ne présentent pas un grand enjeu, le pouvoir réel étant concentré dans les mains du président Hamid Karzaï.

Ce dernier a été installé à la tête du pays par la communauté internationale fin 2001 et maintenu depuis grâce à elle, Etats-Unis en tête, malgré la corruption dont est accusé son gouvernement et des fraudes massives qui ont permis sa réélection lors d'une présidentielle calamiteuse il y a plus d'un an.

L'enjeu est plus important pour la communauté internationale au moment où, face à des opinions publiques réticentes à l'envoi de leurs soldats dans ce qui apparaît de plus en plus comme un bourbier meurtrier, les puissances occidentales envisagent un début de retrait de leurs quelque 144.000 militaires – américains pour plus des deux tiers – dès juillet 2011.

«Je veux que la corruption soit éradiquée»

Outre la menace des talibans d'attaquer bureaux de vote, candidats, organisateurs du scrutin et tout électeur qui n'aura pas obéi à leur ordre de boycotter les élections, deux sujets inquiètent la communauté internationale: le taux de participation – à comparer avec à peine 30% à la présidentielle d'août 2009 – et les fraudes.

Quelques heures après l'ouverture du scrutin, les électeurs ne se bousculaient pas dans les bureaux de vote et la Commission des plaintes électorales (ECC) relevait des irrégularités dans au moins deux bureaux de vote de Kaboul. «Le système a été amélioré, tout le monde le reconnaît, mais la fraude est, après la sécurité, un motif majeur d'inquiétude», déclarait samedi Staffan de Mistura, le représentant de l'ONU en Afghanistan.

La veille du scrutin, les talibans avaient enlevé 18 personnes – 10 partisans d'un candidat et huit fonctionnaires de la commission électorale chargée d'organiser le scrutin – dans le nord-ouest. Parallèlement, un candidat a été kidnappé à l'ouest de Kaboul. «Nous avions peur au départ. Les hommes de la famille nous ont dit d'attendre 09h30 ou 10h et de juger de la situation», a déclaré Hameeda, une électrice de la province de Ghazni (centre). «Je suis venue voter et je connais d'autres femmes qui vont faire de même», ajoute-t-elle.

«Je veux que la corruption soit éradiquée. Je viens voter en espérant que cela aidera à l'instauration de l'état de droit», a souhaité pour sa part Jahan Zaïb, un homme de 55 ans à Jalalabad. Plus de 10,5 millions d'Afghans doivent choisir leurs 249 députés à l'Assemblée nationale parmi plus de 2.500 candidats. 68 sièges sont réservés à des femmes.

Les résultats définitifs officiels ne sont pas attendus avant le 31 octobre.