Brouille entre la France et l'Europe: «L'image du pays se dégrade clairement à l'étranger»

Recueillis par Maud Pierron
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E.FEFERBERG / AFP

Nicolas Sarkozy est resté droit dans ses bottes au sujet des Roms jeudi lors du sommet européen, au prix d’un conflit avec la Commission européenne. Qu’est-ce que ça vous inspire?
Il y a un net sentiment d’isolement de la France par rapport à la Commission européenne, par rapport à certains pays européens, comme le Luxembourg, l’Allemagne ou le Portugal. Est-ce que c’est durable? Pas forcément, on peut toujours se sortir d’un mauvais pas mais là, la France est quand même très isolée. Et ce n’est pas la meilleure façon de préparer la présidence française du G20

Quelle conséquence cela peut-il avoir?
On remarque que désormais il n’y a plus de frontière, d’étanchéité entre l’intérieur et l’extérieur: les décisions nationales ont des conséquences internationales. La politique vis-à-vis des Roms est payante au niveau nationale mais coûteuse au niveau internationale. Il est donc urgent de se réconcilier, de dissiper les malentendus. On ne peut pas prendre la présidence du G20 en étant isolés dans notre camp, dans l’Union européenne. Ce serait partir avec un handicap. Le fait de dire qu’on a raison et qu’on est dans son bon droit ne suffit pas.

Comment la France peut-elle faire?
Il faut admettre le point de vue de nos partenaires européens. Même si on pense avoir raison, il faut en tenir compte vu que les critiques sont massives. Heureusement, le G20, c’est dans plus de deux mois, il reste du temps pour faire un effort diplomatique, mettre du baume sur les plaies. Là on s’est mis dans une mauvaise posture car on a froissé des susceptibilités et au niveau diplomatique, ce n’est jamais bon.  Il faut donc faire un geste, multiplier les contacts, les entretiens bilatéraux avec nos partenaires européens, montrer qu’on a entendu les critiques et revenir sur ce qui a été perçu comme de l’arrogance.

N’est-ce pas le style Sarkozy qui est en cause?
L’arrogance, c’est la critique faite à la France depuis plusieurs siècles. Si on veut vraiment avoir une diplomatie d’influence, le pire, c’est de tomber dans ce cliché, dire qu’on a raison sans écouter. Sur la scène internationale, on reconnaît à Nicolas Sarkozy un certain activisme, une capacité à faire bouger les lignes. Mais on lui reconnaît aussi un certain individualisme.

Sinon, le G20 serait mal engagé?
Personne n’a intérêt à ce que le G20 échoue. Les enjeux sont autrement plus importants donc il n’y aura pas de vengeance des pays européens. Il n’y aura pas de volonté de saboter le G20 mais cela ne va pas rendre les choses plus faciles.

En tout cas, selon un sondage paru dans Le Figaro, les Français semblent soutenir Nicolas Sarkozy
Lorsque tout pays est critiqué à l’étranger, il y a un réflexe patriotique. C’est vrai dans tous les pays. Mais attention, quand les critiques sont trop constantes, trop durables, on commence à s’interroger. Nicolas Sarkozy a peut-être sous estimé la portée des critiques sur sa politique à l’étranger.

Est-ce que la France de Nicolas Sarkozy commence à ressembler aux Etats-Unis de George Bush, un pays détesté à travers le monde?
Il y a des critiques intenses depuis quelques semaines, de la part de différentes institutions ou pays mais il faut savoir raison garder. La France n’a pas déclenché de guerre illégale en Irak. Mais comme la France est un pays visible mais moins puissant que les Etats-Unis, il est plus simple pour certains de la critiquer, notamment moralement, sans craindre de mesures de rétorsions. Mais l’image du pays se dégrade clairement à l’étranger.

*: Pascal Boniface est également l'auteur de L'année stratégique 2011 aux éditions Armand Colin.