Roms: La presse étrangère est partagée sur le clash entre Nicolas Sarkozy et les institutions européennes

REVUE DE WEB Si la plupart des journaux dénoncent de plus belle la politique française à l'égard des Roms, d'autres gardent leurs critiques pour les institutions européennes...

Corentin Chauvel

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E.FEFERBERG / AFP

Si la presse française n’est pas tendre avec l’attitude de Nicolas Sarkozy lors du sommet européen de jeudi qui a vu le chef de l’Etat prendre en grippe les institutions européennes, les médias étrangers sont très partagés.

Comme prévu, le débat sur les Roms a largement pris le dessus lors d’une réunion des plus tendues. Pour Gavin Hewitt, rédacteur en chef du service Europe de la BBC, citant des porte-parole du gouvernement français, cette querelle «ne fera que creuser le fossé entre le peuple français et les institutions européennes».

«Des mouvements tactiques et opportunistes» intolérables

Et peut-être aussi avec les autres pays européens. Pour The Economist, Nicolas Sarkozy «surestime» le soutien qu’il peut avoir de la part des autres chefs d’Etat européens. En effet, «aucun des dirigeants ne semble avoir remis en question la prérogative de la Commission européenne à enquêter sur d’éventuelles violations du droit européen».

Pourtant, ils ne sont pas intervenus assez fortement à l’encontre de Nicolas Sarkozy, estime El Pais. Alors que le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a eu du répondant face au Français, les autres chefs d’Etat ont préféré, en majorité, opérer «des mouvements tactiques et opportunistes», n’osant pas «critiquer les dérapages verbaux de Nicolas Sarkozy», notamment lorsqu’il a suggéré au Luxembourg d’accueillir des Roms. El Pais, mais également El Mundo, fustigent particulièrement le «cynique» Premier ministre espagnol, José Luis Zapatero, qui a affiché trop de «respect» face à l’«arrogant auteur de cette provocation».

«La vérité est que José Manuel Barroso aurait dû parler plus fort et plus vite»

Pour une grande partie de la presse, la France n’est pas la seule fautive. «L’Europe ne sort pas grandie du pugilat verbal entre Bruxelles et Paris», assure le quotidien suisse Le Temps. «La vérité est que José Manuel Barroso aurait dû parler plus fort et plus vite. Ses fonctionnaires chargés de l’intégration des Roms auraient dû interroger Paris plus tôt, voire se déplacer. La surenchère, redoutable en matière de sécurité et de minorités, aurait dû être évitée», ajoute le journaliste Richard Werly, qui estime que Nicolas Sarkozy n’a fait qu’«allumer la mèche» d’un «psychodrame» qui s’apparente à «un refus de la réalité».

Sans pour autant défendre le chef de l’Etat français, le Times se veut très cynique, déclarant que «si la Commission européenne veut que Nicolas Sarkozy soit réélu, elle fait du bon travail». D’après le quotidien britannique, «un coup de semonce de la part de Bruxelles fait des merveilles pour rallier les masses à domicile».

«Nicolas Sarkozy a pour ambition de s’imposer comme un chef d’Etat mondial»

Selon le Times, les Français approuvent majoritairement les expulsions de Roms qui seraient vus chez nous comme des «mendiants et des pickpockets». Le quotidien estime ainsi que Nicolas Sarkozy a tout à gagner dans cette bataille, rappelant qu’«aux yeux des Français, l’Union européenne est depuis longtemps un complot anti-français dirigé par les Britanniques».

Pourtant, le revers de bâton n’est pas loin pour le Président français. «La France prend la tête du G8 et du G20 en novembre et Nicolas Sarkozy a pour ambition de s’imposer comme un chef d’Etat mondial», indique le Times. Or, «il ne voudrait pas arriver sous un nuage d’opprobre étranger, même s’il pense que c’est injustifié».