Centre culturel islamique près de Ground Zero: La mosquée de la discorde

ETATS-UNIS L'imam en charge de projet s'est dit, lundi, prêt à examiner «toutes les solutions». Quelles sont-elles? Pourquoi le dossier est-il si explosif? 20minutes.fr fait le point...

Philippe Berry

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La chaîne aurait récupéré neuf cédéroms contenant 2.779 photos.
La chaîne aurait récupéré neuf cédéroms contenant 2.779 photos. — AP / SIPA

De notre correspondant à Los Angeles

En Amérique, la plaie du 11 septembre 2001 et de ses 2.752 victimes est encore à vif. Aussi, le projet de construction d'un centre culturel islamique, à deux rues de Ground Zero, divise le pays. Lundi, l'imam Feisal Abdul Rauf, l'un des artisans du projet, a calmé le jeu, affirmant examiner «toutes les solutions» possibles pour satisfaire les opposants et les partisans du chantier, qui ont bruyament manifesté à New York, samedi. Il y a du boulot.

Mosquée ou centre culturel islamique?

La blogosphère de droite parle systématiquement de la «mosquée de Ground Zero». Le raccourci est trompeur. On imagine presque voir un camp d'entraînement d'Al-Qaida débarquer sur la terre sanctifiée par le sang des innocents du 11-septembre. «Project Park51», anciennement baptisé «Cordoba House» («la Maison de Cordoue»), est en fait un projet de centre culturel islamique au service de la communauté du Lower Manhattan. Il abriterait des salles de classe, un terrain de basket, une piscine, des espaces de conférence pour des discussions interconfessionnelles... Et donc, une salle de prière pour les musulmans. Il serait ouvert à tous. Selon l'imam Rauf, ce serait une sorte d'équivalent musulman des centres chrétiens comme les YMCA (Young Men's Christian Association).

Où serait-il bâti?

Pas sur le trou béant de Ground Zero, d'où est en train d'émerger un vaste complexe. Le centre islamique serait bâti à deux «blocs» (pâtés de maisons) de là, à environ 200 mètres, à la place d'un immeuble endommagé par le souffle de l'effondrement des Twin Towers (le point B ci-dessous). Ce centre n'a rien à voir avec le projet de reconstruction du site du World Trade Center et ne recevra pas d'argent public.

 

Le voisinage de Ground Zero est-il sacré?

Pas vraiment. On y trouve même un club de strip-tease. Au nom de la liberté d'expression, un animateur de Fox News songe sérieusement à ouvrir un bar gay au voisinage du centre islamique.

Comment le centre sera-t-il financé?

C'est l'une des zones d'ombre. Dans les faits, la levée de fonds n'a pas commencé. Certains opposants au projet, comme le sénateur indépendant Joe Lieberman, ont émis des doutes sur la capacité des promoteurs à rassembler plus de 100 millions de dollars via des donations sans avoir recours à des contributions de pays étrangers. Initialement, Feisal Abdul Rauf avait indiqué que le financement serait à 100% couvert par des donations de la communauté musulmane américaine. Plus récemment, le refrain a changé, spécifiant simplement que les fonds du Hamas ou du gouvernement iranien seraient refusés.

Quels sont les arguments des opposants?

L'irrationnel côtoie les vraies inquiétudes pour la sécurité. Le républicain Newt Gingrich estime que le centre serait le symbole «de l'islam triomphant». Selon lui, une telle construction serait comparable «à installer un signe nazi au voisinage d'un musée de l'Holocauste». D'autres, comme le démocrate Harry Reid, arguent que cela ne ferait «qu'attiser inutilement les tensions». Des internautes menacent en effet déjà d'aller déverser «du sang de cochon» sur le bâtiment.

Que dit la loi (et Obama)?

Que les promoteurs ont tout à fait le droit de construire le centre sur le lieu choisi. Un recours pour faire classer l'immeuble existant comme patrimoine historique a échoué. Obama, lui, «comprend l'extrême sensibilité des familles des victimes». Mais il l'affirme: «Les Etats-Unis ne discriminent pas entre les religions. Si on peut construire une église, une synagogue ou un temple hindou, alors on peut y bâtir une mosquée.»

Quelle solution?

Trois sont envisagées:

  • Choisir un autre lieu, purement et simplement. C'est peu probable. Pour Feisal Abdul Rauf, cela enverrait un message «d'intolérance» au monde musulman et ferait le jeu des extrémistes.
  • Siffler un temps mort pour un débat public apaisé. «Nous y songeons», a glissé l'imam, lundi.
  • Elargir l'aspect interconfessionnel du site avec des salles de prières pour des offices chrétiens et juifs. Feisal Abdul Rauf détaille cet aspect dans un édito publié dans le New York Times.

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