Franck Renaud: «Les diplomates ne représentent pas la société d'aujourd'hui»

INTERVIEW Ce spécialiste de la diplomatie plaide pour davantage de diversité au Quai d'Orsay...

Propos recueillis par Armelle Le Goff

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A la 17e conférence des ambassadeurs, lors du discours de Nicolas Sarkozy.
A la 17e conférence des ambassadeurs, lors du discours de Nicolas Sarkozy. — BENHAMOU / SIPA

Franck Renaud, auteur des Diplomates, derrière la façade des ambassades de France (Ed. Nouveau monde). Ancien journaliste de Ouest-France, il est aujourd’hui installé en Asie sud est, où il travaille comme journaliste d’investigation. Il analyse pour 20 Minutes les causes du malaise au Quai d'Orsay.
 
Nombreux sont ceux qui parlent de malaise au Quai d’Orsay, est-ce que c’est un diagnostic qu’à l’issue de votre enquête vous êtes en mesure de corroborer?
Il y a effectivement une énorme inquiétude et de nombreux questionnements au Quai d’Orsay. Les diplomates s’interrogent : qu’est-ce qu’on fait ? A quoi sert-on ? Ces questions se posent alors que ces dernières années leurs missions se sont multipliées du fait de la mondialisation et de la multiplication des acteurs et des interlocuteurs de la diplomatie française à l’étranger. Or, dans le même temps se produit un dépouillement accéléré des prérogatives du Quai d’Orsay par l’Elysée, puisque le secrétaire général Claude Guéant et le conseiller diplomatique du président de la République Jean-David Lévitte sont très présents. Par ailleurs, le ministère des Affaires étrangères est soumis à des économies extrêmement importantes, qui diminue un peu plus chaque année ses moyens humains et financiers. Cette année, le ministre Bernard Kouchner a mené la réforme de l’action culturelle. Elle avait sans doute besoin d’être réformée, mais cela a tout de même provoqué une résistance très forte des ambassadeurs qui craignaient de voir la politique culturelle à l’étranger leur échapper. Du coup, le label CulturesFrance est obtenu mais mis à l’essai pendant trois ans.
 
De nombreuses critiques visent Bernard Kouchner, qui n’aurait ni su s’imposer, ni résister aux coups de butoir de l’Elysée…
Que laissera-t-il derrière lui? Un centre de crises, qu’il a obtenu. Est-ce que cela aura été un grand ministre ? Peut-être pas, mais cela était-il seulement possible, étant donné son statut de ministre «de l’ouverture» (Bernard Kouchner, ancien humanitaire a été plusieurs fois ministre au sein de gouvernement socialiste)? Aujourd’hui, on le dit sur le départ et on évoque Alain Juppé pour le remplacer, mais ce dernier aurait posé ses conditions. Or, dans le contexte actuel, qui prévoit de nouvelles suppressions de postes et la réforme des indemnités de résidence des personnels expatriés, on voit mal dans quelle mesure il pourrait accepter.
 
Vous l’évoquez dans votre ouvrage, le corps diplomatique souffre aujourd’hui d’une endogamie socio-culturelle qui pourrait lui être dommageable…
Sociologiquement, les diplomates ne représentent pas la société d’aujourd’hui et effectivement cela ne plaide pas en leur faveur. Il y aurait sans doute besoin de sang neuf : plus de femmes, plus de personnalités extérieures, même si ce n’est pas toujours facile de rester comme en témoigne l’expérience de Jean-Christophe Rufin, qui avait été nommé ambassadeur au Sénégal, et qui a quitté son poste en juin dernier avec pertes et fracas.