Michel Siffre sur les mineurs au Chili: «Il semble qu'ils aient un leader et c'est très important pour leur survie»

INTERVIEW Ce scientifique et spéléologue français analyse l'expérience qui attend les 33 hommes bloqués...

Propos recueillis par Armelle le Goff
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Un journaliste regarde l'image d'une note envoyée par l'un des 33 mineurs coincés dans une mine à Copiapo au Chili, le 23 août 2010.
Un journaliste regarde l'image d'une note envoyée par l'un des 33 mineurs coincés dans une mine à Copiapo au Chili, le 23 août 2010. — REUTERS/Ivan Alvarado

Michel Siffre, scientifique et spéléologue français, à l’origine des premières expériences sur la chronobiologie humaine et auteur de Hors du temps (Ed. Julliard, 1962), analyse pour 20minutes.fr  l'expérience qui attend les 33 hommes bloqués dans une mine au Chili...

Vous avez mené de nombreuses expériences de confinement seul, quelle est d’après vous la différence entre une expérience de groupe comme celle des 33 mineurs chiliens et une expérience individuelle?
Quand vous êtes en groupe, chaque individu a une influence sur la vie de l’autre. Dans une telle situation, le groupe est très important. C’est avant tout un facteur de soutien, même s’il peut devenir vecteur de tensions. Car ce que vivent les 33 mineurs chiliens est une situation extrêmement  stressante. En ce qui me concerne, je menais des expériences scientifiques, à l’issue desquelles j’étais quasi-certain de sortir vivant. Une mine, ce n’est pas une grotte. C’est un environnement beaucoup plus instable. Les galeries sont plus fragiles, il peut se produire des éboulements à tout moment.

Faut-il que le groupe désigne un chef?
Oui, il est très important d’avoir un chef, un leader qui créé une dynamique de groupe et organise la vie de la communauté. Il va par exemple décider de rationner les vivres, décider des heures de coucher, de réveil, d’équipes de veille, etc. Concernant les mineurs chiliens, il semble qu’ils aient un leader et c’est très important pour leur survie, car avoir un chef donne confiance.

C’est important de rester confiant dans une telle situation?
C’est très important. Si on est défaitiste, on peine à survivre, ou on ne survit pas. A l’inverse, l’optimiste, la foi en l’avenir décuple les ressources des individus. Il est donc très important que le groupe conserve une dynamique positive.

Comment, d’après vous, pourrait se passer leur retour à la vie, s’ils réchappent de la mine?
Ils n’en ressortiront pas indemnes et seront sans doute stressés pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Certains ne retourneront pas dans la mine, d’autres le feront, notamment pour des raisons économiques. Mais cela restera pour tous une expérience extrêmement marquante dont ils pourront, par exemple, conserver des stigmates, comme des problèmes de vision, après plusieurs semaines dans l’obscurité ou la semi-obscurité.