Prise d'otages à Manille: «Il y a une vraie corruption de la police aux Philippines»

INTERVIEW Sophie Boisseau du Rocher, chercheur à l'Asia Centre de Paris, décrypte pour 20minutes.fr le contexte dans lequel s'est déroulé l'événement...

Propos recueillis par Corentin Chauvel

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E. DE CASTRO / REUTERS

La prise d'otages qui a eu lieu ce lundi à Manille, aux Philippines, intervient moins de deux mois après la prise de fonction du nouveau président philippin Benigno Aquino III qui a promis de rétablir l'ordre dans son pays. D'après Sophie Boisseau du Rocher, chercheur à l'Asia Centre, la manière sanglante dans laquelle l'événement s'est terminé n'est pas totalement anodine. 

Dans quel contexte politique est intervenue cette prise d’otages?
C’est le premier moment de vérité pour le nouveau président Benigno Aquino III (élu en mai 2010, ndr), qui est déjà testé sur sa capacité à faire respecter l’ordre et la loi.

Ce genre de prises d’otages est-il courant aux Philippines?
Non, pas à Manille, la capitale. Les autorités sont confrontées régulièrement à des prises d’otages de la part de commandos islamistes, mais elles se déroulent dans le sud du pays et visent des Philippins. En s’attaquant à des touristes étrangers, le preneur d'otages a voulu internationaliser sa cause.

Comment interprétez-vous ses revendications?
Qu’il ait été renvoyé à tort ou non de la police, il y a une vraie corruption au sein des forces de l’ordre aux Philippines et une justice à deux vitesses, tout le monde le sait. Cette prise d’otages constitue un nouveau paramètre dans la politique du président Benigno Aquino III, qui a promis de lutter contre la corruption.

Pourquoi cette importante médiatisation de l’événement, en direct, à la télévision?
Cela a été autant médiatisé parce qu’il s’agissait d’otages étrangers, groupés dans un bus, et à Manille. Quand une prise d’otages se déroule loin de la capitale, il n’y a pas autant de médiatisation.

Que pensez-vous des conditions sanglantes dans lesquelles la prise d’otages s’est terminée?
On ne sait pas encore vraiment qui est intervenu, mais la police et les forces armées ne travaillent pas de toute façon en harmonie. Ces deux entités sont elles-mêmes traversées par divers courants. Quoi qu’il en soit, on ne peut pas imaginer que les forces de l’ordre soient intervenues sans l’aval de la présidence. Begnino Aquino III a certainement voulu montrer qu’il avait la situation en main et surtout se démarquer avec des méthodes différentes de celles de sa mère, Corazon Aquino, à qui il a succédé. Celle-ci avait plutôt l’image d’une négociatrice.