Il y a un an, Abdelbaset al-Megrahi, seul condamné dans l'attentat de Lockerbie était libéré

ROYAUME-UNI A l'époque, on ne lui donnait que trois mois à vivre. Il est toujours là...

O.R. avec AFP

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Arrivée de Megrahi, auteur de l'attentat de Lockerbie de 1988, à Tripoli le 20 août 2009
Arrivée de Megrahi, auteur de l'attentat de Lockerbie de 1988, à Tripoli le 20 août 2009 — /EPA/SIPA

Les Britanniques sont amers. Lorsque la décision est prise, par l’Ecosse, de libérer pour raison de santé, en août dernier, Abdelbaset al-Megrahi, le seul condamné dans l’attentat de Lockerbie, les médecins ne lui donnent plus que trois mois à vivre.

Un an après, Abdelbaset al Megrahi est toujours en vie. Aussi, le gouvernement britannique a mis en garde la Libye contre le caractère déplacé de toute célébration du premier anniversaire de la libération, avertissant qu'elle serait considérée comme une «insulte».

«Le pire acte terroriste dans l’histoire britannique»

Abdelbaset al-Megrahi a été «condamné pour le pire acte terroriste dans l'histoire britannique», a estimé une porte-parole du ministère britannique des Affaires étrangères, jeudi soir. «Nous comprenons l'angoisse persistante que la libération de Megrahi cause parmi les victimes, à la fois au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, et en particulier en ce jour anniversaire», a-t-elle poursuivi. Et Londres a «clairement fait part de ses inquiétudes auprès du gouvernement libyen».

Le Premier ministre britannique, David Cameron, avait déjà qualifié d'«erreur» la décision de libérer Megrahi, prise par l'Ecosse, région semi-autonome. «Il serait complétement déplacé d'organiser une célébration», a de son côté déclaré vendredi le Premier ministre écossais, Alex Salmond, à la chaîne d'information en continu BBC News.

Abdelbaset al-Megrahi a été condamné en 2001 pour l'attentat contre un avion de la Pan Am au-dessus de Lockerbie, en Ecosse, qui avait fait 270 morts. Il avait été libérée par l'Ecosse le 20 août 2009, suscitant une vive polémique, en particulier aux Etats-Unis, d'où sont originaires la majorité des victimes.

Pressions de BP

Selon un médecin qui avait participé à l’expertise, l’avis médical délivré il y a un an «est le reflet honnête des avis des spécialistes disponibles à l’époque». A l’époque, on avait diagnostiqué au prévenu un cancer de la prostate.

Des élus américains accusent le gouvernement écossais d'avoir cédé aux pressions du géant pétrolier britannique BP, soucieux de voir les relations s'améliorer avec Tripoli en vue de signer de juteux contrats énergétiques.

La commission des Affaires étrangères du Sénat américain doit tenir prochainement des auditions sur le rôle de BP dans l'affaire. Les responsables écossais ont refusé de témoigner devant la commission, expliquant qu’ils n’étaient pas responsables devant les sénateurs américains.

Nouvelle enquête réclamée

Alex Salmond, le numéro un écossais s'est cependant dit prêt à «coopérer pleinement» avec une commission qui serait internationale. «Si une enquête internationale doit être mise en place... alors bien entendu nous y apporterions notre coopération pleine et entière».

Tandis que la polémique fait rage aux Etats-Unis sur la libération controversée de Megrahi, des voix continuent à se faire entendre en Ecosse pour réclamer une nouvelle enquête sur l'attentat, estimant que la culpabilité de Megrahi reste à prouver.

De «graves doutes» pèsent sur sa condamnation, a estimé le père Patrick Keegans, prêtre de Lockerbie au moment de la catastrophe, et membre d'une organisation baptisée «Justice For Megrahi» (Justice pour Megrahi). «Les gens ne trouveront pas le repos tant que toute la vérité ne sera pas connue», a-t-il ajouté.