Inondations au Pakistan: pourquoi les Français donnent peu?

SOLIDARITE Malgré les appels aux dons de nombreuses ONG, les fonds restent faibles...

Oriane Raffin

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Des Pakistanais victimes des inondations sont évacués par l'armée, dans le disctrict de Muzaffargarh, le 11 août 2010.
Des Pakistanais victimes des inondations sont évacués par l'armée, dans le disctrict de Muzaffargarh, le 11 août 2010. — Adrees Latif / Reuters

Alors que 20 millions de personnes ont été touchées par les violentes inondations au Pakistan, début août, dans la pire catastrophe naturelle de l’histoire du pays, les ONG ont multiplié les appels aux dons. Des appels qui ne sont pourtant pas suivis par la population. Si l’ONU a réclamé, le 11 août, 460 millions de dollars pour aider les six millions de sinistrés les plus vulnérables, l’organisme international lui-même peine à rassembler la somme.

Jean-François Riffaud, de la Croix Rouge, déplore avoir collecté, en une semaine, un peu moins de 10.000 euros, «ce qui ne permet pas d’engager une action dans la durée», affirme-t-il sur les ondes de France Info. Le constat est semblable chez Handicap International, contacté par 20minutes.fr: «Sur les 15 premiers jours après l’appel, on a reçu sept fois moins de dons que pour Haïti», souligne l’ONG.

Felipe Ribeiro, directeur général de Médecins sans frontières, qui n’a pas fait d’appel au don spécifique, ne constate pas non plus d’augmentation de la mobilisation. «Il n’y a pas eu d’élan de générosité comme sur d’autres catastrophes», souligne-t-il.

«Il y a moins d'empathie»

En cause? «La nature même de la catastrophe», estime Felipe Ribeiro. «Dans ce type de catastrophe, on ne se rend pas compte des conséquences, il y a moins de blessés, surtout des dégâts matériels, donc moins d’empathie». «On ne voit pas les morts», explique Christian Wintenberger, chargé des relations donateurs au Secours Catholique, qui comptabilise moins de 15.000 euros de dons. «Il y a beaucoup de déplacés mais peu de victimes, or malheureusement, les gens réagissent avec des quotas de victimes», déplore-t-il.

Sans compter que les images, peu véhiculées par les médias, ne sont pas aussi impressionnantes que lors d’un tremblement de terre, par exemple. «Les images sont moins dramatiques», explique Christian Wintenberger. Et les médias peu impliqués. «Sur certaines catastrophes, il y a une prescription émotionnelle des médias, qui orientent ensuite la population pour les dons», note le directeur général de Médecins sans frontières.

«Ce pays a plutôt mauvaise presse»

L’image est donc essentielle dans le don. Egalement l’image du pays. «Le Pakistan n’est pas très connu, ce n’est pas un lieu de vacances, pas touristique, pas sexy. On suppose que ça joue également», poursuit Christian Wintenberger. «Ce pays a plutôt mauvaise presse, il y a donc moins d’empathie ou d’identification qu’avec Haïti par exemple», renchérit Felipe Ribeiro. L’image des talibans plane donc au-dessus des porte-monnaie.

Et pour continuer le tableau noir, la période de l’année n’aide pas: «les vacances sont une période de démobilisation», note-t-on chez Handicap International, «les gens ne sont pas chez eux et n’ont pas forcément envie d’entendre parler de choses tristes». Sans oublier qu’ils ont déjà donné pour Haïti et qu’il n’est pas toujours évident de s’impliquer pour plusieurs causes de manière aussi rapprochée dans le temps.

En attendant les dons, les agences humanitaires de l'ONU s'inquiètent de la lenteur de la réponse à l'appel de fonds international et redoutent une «seconde vague» de décès due aux maladies.