Les Etats-Unis et la Russie échangent leurs espions

AGENTS SECRETS Une opération digne de James Bond...

J.C. avec agence

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Les avions Russes et Américains lors de l'échange de prisonniers qui a eu lieu le 9 juillet sur l'aéroport de Vienne en Autriche.
Les avions Russes et Américains lors de l'échange de prisonniers qui a eu lieu le 9 juillet sur l'aéroport de Vienne en Autriche. — REUTERS/Heinz-Peter Bader

Il ne manquait plus que 007. Un échange d'espions sans précédent depuis la fin de la Guerre froide s'est achevé vendredi à sur le tarmac de l'aéroport de Vienne où les Etats-Unis ont remis à la Russie ses 10 agents contre quatre Russes, dont trois condamnés pour espionnage au profit des Occidentaux.

Mise en scène calibrée

L'avion transportant les espions russes expulsés des Etats-Unis dans la nuit a atterri vendredi à 13h46 GMT à Moscou, tandis que celui transportant les agents accusés de travailler pour les Occidentaux s'est posé à Washington vers 21h30 GMT. Selon différents témoins à l'aéroport de Vienne, les agents secrets ont été transférés d'un appareil à l'autre à bord d'un petit car de couleur noire aux vitres teintées.

Dans une mise en scène soigneusement calibrée, le positionnement même de l'avion venu de New York empêchait photographes et caméramans présents de voir la porte de l'appareil. Jeudi, les 10 agents arrêtés fin juin sur le sol américain avaient plaidé coupable devant le tribunal fédéral de New York et la juge Kimba Wood avait annoncé leur «expulsion immédiate» des Etats-Unis. «Ils acceptent de ne jamais tenter de revenir», avait-elle ajouté. De son côté, le président russe Dmitri Medvedev a signé dans la nuit de jeudi à vendredi la grâce pour les quatre Russes.

Quatre Russes libérés

Un porte-parole de la Maison Blanche a confirmé vendredi que l'échange avait été négocié au plus haut niveau entre les chefs des services de renseignement extérieur russe et américain. Il a par ailleurs révélé que la Maison Blanche avait été informée de l'existence du réseau d'espions russes dès le mois de février et que le président Barack Obama avait été personnellement mis au courant de l'affaire le 11 juin. Parmi les 10 personnes expulsées vers la Russie se trouve la figure emblématique de cette affaire, Anna Chapman, dont les photos intimes et les détails sur sa vie sexuelle ont fasciné les médias.

Les quatre Russes libérés ont été identifiés comme Igor Soutiaguine, un expert russe en armement stratégique condamné à quinze ans de prison pour espionnage au profit des Etats-Unis, Sergueï Skripal, un ex-colonel du renseignement militaire condamné à treize ans de détention pour avoir travaillé avec les services britanniques, et un ex-responsable du SVR (renseignement extérieur russe), Alexandre Zaporojski condamné à dix-huit ans de camp pour avoir transmis des informations à la CIA.

Le quatrième, Guennadi Vassilenko, est un ancien agent du KGB reconverti dans la sécurité privée. Officiellement, il a été condamné en 2006 à trois ans de prison pour des délits sans rapport avec l'univers du renseignement. Un haut responsable américain a souligné, sous couvert de l'anonymat, que les quatre personnes «n'avaient eu d'autre choix» que de signer des aveux pour obtenir leur libération.

«Leur fournir une nouvelle identité»

Les prisonniers russes vont être pris en chargé par la CIA, a assuré sur la chaîne CNN Frances Townsend, qui fut conseillère du président américain George W. Bush pour la Sécurité intérieure et la lutte antiterroriste. «Ils vont être conduits dans un lieu sûr par des agents du renseignement qui vont les interroger et les préparer à leur nouvelle vie, leur fournir une nouvelle identité», croit-elle savoir. Elle a ajouté que la CIA pourrait leur proposer un logement et une assistance financière.

Moscou a souligné que l'échange a pu avoir lieu en raison de l'amélioration récente des relations russo-américaines.