Turquie-Israël: «Le divorce est consommé»

MONDE Les deux pays sont sur la voie de la rupture diplomatique...

C.C. avec AFP

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AP / SIPA

Le raid sanglant de l’armée israélienne contre la flottille internationale fin mai a provoqué une crise sans précédent dans les relations déjà tendues entre la Turquie et Israël, naguère alliés dans la région. 20minutes.fr fait le point sur la situation.

Où en sont Israël et la Turquie à l’heure actuelle?
«Le divorce est consommé», estime Frédéric Encel, professeur à l'ESG-Paris et auteur de «Géopolitique d'Israël» (Seuil, 2008), joint par 20minutes.fr. Depuis ce que le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, avait appelé «un massacre sanglant, la Turquie a rappelé son ambassadeur, réduit ses liens économiques et industriels avec Israël, annulé des manoeuvres militaires communes et ne cesse de réclamer des comptes de la part de l’Etat Hébreu.

Une rencontre secrète a eu lieu la semaine dernière entre Ahmet Davutoglu, le chef de la diplomatie turque, et un ministre israélien, visiblement sans succès. Les dégradations de la relation entre les deux pays étaient de toute manière voulues par la Turquie qui, depuis plusieurs années, cherche à réorienter sa diplomatie dans la région, selon Frédéric Encel.

Que demande la Turquie?
«Nous attendons qu'Israël présente des excuses (...) ou accepte une enquête internationale. J'estime que c'est une demande juste et raisonnable de la Turquie», a indiqué jeudi Ahmet Davutoglu, qui reste ambigu sur une possible rupture totale de leurs liens diplomatiques. «Si les Israéliens veulent que nos relations s'améliorent, ils doivent accepter de rendre des comptes et de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher la détérioration de nos relations», a-t-il encore ajouté. 

Cependant, Israël «ne présentera jamais ses excuses» pour le raid, a affirmé lundi un haut responsable du bureau du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. Ce dernier avait déjà dit vendredi soir qu'il n'y aurait pas d'excuses d'Israël pour l'abordage de la flottille.

La situation peut-elle tout de même se débloquer?
«Il n’y aura pas de déblocage tant que la Turquie attendra des excuses et qu’Israël campera sur sa position», explique Frédéric Encel. Et il n’y a aucune raison pour que l’un et l’autre des deux pays ne fasse d’efforts.

En Israël, «l’opinion publique est soudée derrière son gouvernement» parce que, selon elle, l’action des militaires israéliens était légitime. Côté turc, on n’a aucune raison d’abandonner cette défiance «pour des raisons de réorientation diplomatique, mais aussi des raisons électorales». En effet, les élections législatives turques auront lieu l’année prochaine et l’opinion a plutôt tendance à se radicaliser, dans le sens de l’AKP qui est au pouvoir.

Qu’ont à perdre Israël et la Turquie de la rupture de leur relation?
«La Turquie a déjà perdu le soutien des lobbys pro-israéliens à Washington et le Congrès américain pourrait à terme parvenir à la reconnaissance du génocide arménien», d’après Frédéric Encel. De plus, les Turcs ont beau essayer de trouver un autre pôle géopolitique que l'Union européenne en se rapprochant des pays arabo-musulmans, «leur montée en puissance va rencontrer des limites parce que ce ne sont pas des Arabes», renchérit le spécialiste.

Pour les Israéliens, les pertes sont «plus prosaïques», matérielles et économiques. Toutefois, la fin de leur partenariat avec la Turquie dans ces secteurs risque tout de même de moins leur coûter que le fait de ne plus pouvoir utiliser l’espace aérien turc. «Mais Israël n’a pas attendu cet incident pour se rapprocher de l’Azerbaïdjan qui a notamment l’avantage d’être proche des Etats-Unis, distant de l’Iran et de pouvoir lui fournir du pétrole», ajoute Frédéric Encel.