Comment les agents dormants russes ont endormi la méfiance de leurs voisins

ESPIONNAGE Personne ne s'est douté de la nature de leur mission présumée...

Julien Ménielle
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La maison à Montclair (New Jersey, Etats-Unis) de Richard et Cynthia Murphy, soupçonnés d'appartenir à un réseau d'espionnage russe.
La maison à Montclair (New Jersey, Etats-Unis) de Richard et Cynthia Murphy, soupçonnés d'appartenir à un réseau d'espionnage russe. — JEFF ZELEVANSKY/AFP

Des couples ordinaires dans des quartiers sans histoires. Ils sont suspectés d'appartenir à un réseau d'espionnage au profit de la Russie, mais la dizaine de personnes arrêtées par le FBI n'a jamais éveillé le moindre soupçon chez ses voisins. Ils exerçaient des emplois classiques, discutaient de tout et de rien avec les habitants du quartier et avaient réussi à se fondre dans le décor.

A l'annonce de leur arrestation, leurs voisins n'en reviennent pas. Leurs échanges s'étaient jusqu'alors limités à des discussions sur l'école ou des excuses pour des adolescents trop bruyants, rapporte le New York Times. «Leur petite fille était la plus mignonne des petites filles», raconte une femme qui a côtoyé l'un des couples éparpillés aux Etats-Unis.

«Regardez ce qu'elle a réussi à faire avec ces hortensias!»

Du côté de Montclair, dans le New Jersey, les voisins se souviennent du couple Murphy. «Ça ne peut pas être des espions, affirme une adolescente. Regardez ce qu'elle a réussi à faire avec ces hortensias!» Ce n'est pourtant pas pour ses qualités de jardinière que Cynthia Murphy aurait été recrutée par les services de renseignements russes.

«Le Centre de Moscou a demandé à Cynthia Murphy en 2010 d'essayer d'obtenir un emploi qui lui permette de contacter des sources au sein du gouvernement américain», indique la plainte du FBI. En plus de s'occuper de ses hortensias, elle devait donc collecter des informations, notamment sur l'arme nucléaire et l'Iran, selon la chaîne belge RTL.

Une immersion, mais pas d'informations

Messages codés, argent remis en espèces par des émissaires russes au cours de séjours dans des pays d'Amérique latine, allers-retours pour Moscou via Rome, faux passeports, transport et remise d'ordinateurs portables... Les méthodes employées sont dignes des romans d'espionnage. Le tout, donc, en parfaite discrétion.

«Courtois», «gentils» sont les adjectifs qui reviennent pour qualifier les différents membres du réseau présumé. «La seule chose, c'est que leur chien aboyait beaucoup la nuit», ose juste le voisin de l'un d'entre eux. Si leur culpabilité, que les officiels russes nient, était démontrée, les accusés pourront se targuer d'avoir réussi leur immersion. A défaut de collecter des informations utiles, puisqu'il semble que leur pêche a été plutôt maigre.