Pays-Bas: le parti anti-islamiste réalise une percée

POLITIQUE Pour Jean-Yves Camus, cela révèle une «crise du modèle multiculturel des Pays-Bas»...

Oriane Raffin

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Geert  Wilders, le leader du Parti pour la liberté néerlandais, en mars 2010.
 
Geert Wilders, le leader du Parti pour la liberté néerlandais, en mars 2010.   — Suzanne Plunkett / Reuters

En passant de 9 à 24 sièges, le parti néerlandais anti-islam de Geert Wilders réalise un score inattendu et s’affiche comme le grand vainqueur des élections législatives aux Pays-Bas. Arrivé troisième derrière les libéraux de Mark Rutte, qui obtiennent 31 sièges, et les travaillistes de Job Cohen, qui totalisent 30 des 150 sièges de la chambre basse, le Parti pour la liberté (PVV) a créé la surprise mercredi soir.

Derrière ce parti, il ne faut pas voir un «Front national hollandais». Pour Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite, «Geert Wilders est emblématique des nouvelles orientations dans la société néerlandaise». Alors que le nazisme ou le fascisme subissent un discrédit aux Pays Bas depuis la seconde guerre mondiale, un anti-islamisme émerge dans la société.

Geert Wilders ne correspond pas à l’image du politicien d’extrême droite en Europe. Il est un ancien libéral, qui a quitté le parti en raison de désaccord sur les questions sociales ou sur l’adhésion de la Turquie à l’Europe. «L’extrême droite hollandaise n’est pas une extrême droite classique», explique Jean-Yves Camus. «Geert Wilders est pro-israélien et ami de la communauté juive. Son fonds de commerce, c’est l’opposition à l’Islam», résume-t-il.

«Crise du modèle multiculturel»

En revanche, son score révèle «une crise du modèle multiculturel des Pays-Bas, qui remonte aux années 2000», poursuit le politologue. «Pour expliquer cette montée de l’intolérance, il y a plusieurs théories. Pour certains, c’est dû à la crise, à l’assassinant de Théo Van Gogh ou encore au 11 septembre. Pour d’autres, c’est plutôt un retour de balancier sur le multiculturalisme hollandais, dans un pays qui voit arriver une génération s’opposant aux idées de mai 68. Il s’agit probablement un peu des deux explications», tranche Jean-Yves Camus.

Reste à savoir ce qu’il va se passer maintenant. Alors que les partis doivent trouver une coalition pour gouverner le pays, Geert Wilders compte bien se mettre en avant. «A La Haye maintenant, on est obligé de compter avec nous», a-t-il déclaré aux militants de son parti en liesse: «nous voulons vraiment entrer au gouvernement», a-t-il affirmé.

Mais il est loin d’être certain que les autres partis le veuillent. «Les autres risquent de regarder à deux fois avant de faire une coalition avec le PVV», estime Jean-Yves Camus. «Ce serait perçu par les pays musulmans comme une chose extrêmement négative et nuirait à l’image du pays dans le monde».