La marée noire est-elle le Katrina d'Obama?

POLITIQUE La gestion de la crise par le président divise l'opinion et les experts, alors qu'il se rend sur place pour la 3e fois, vendredi...

Philippe Berry

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George W. Bush transmet la présidence de la première puissance mondiale à Barack Obama mardi et, ce jour-là, "sur les marches du Capitole se tiendra un homme dont l'histoire reflète la promesse immuable qu'offre notre pays. Ce sera un moment d'espoir et de fierté pour notre pays tout entier", a dit le président sortant dans une dernière allocution à l'adresse de ses compatriotes.
George W. Bush transmet la présidence de la première puissance mondiale à Barack Obama mardi et, ce jour-là, "sur les marches du Capitole se tiendra un homme dont l'histoire reflète la promesse immuable qu'offre notre pays. Ce sera un moment d'espoir et de fierté pour notre pays tout entier", a dit le président sortant dans une dernière allocution à l'adresse de ses compatriotes. — Saul Loeb AFP/Archives

De notre correspondant à Los Angeles

Quand l'ouragan Katrina a balayé les côtes de la Nouvelle-Orléans, les démocrates n'ont pas ménagé l'administration Bush. Lente à réagir, déconnectée, inefficace... Les critiques ont fusé, particulièrement pendant la campagne présidentielle. Désormais assis dans le siège de son prédécesseur, Barack Obama découvre que la gestion d'une catastrophe écologique peut être un véritable casse-tête.

3e visite vendredi

46 jours après l'explosion qui a envoyé la plateforme Deepwater Horizon au fond du Golfe du Mexique, Obama se rend sur place ce vendredi pour la 3e fois. Dans le même intervalle de temps, George Bush avait effectué huit visites. Mais il avait attendu presque deux jours pour interrompre ses vacances au Texas et revenir à Washington tandis qu'Obama est monté sur le pont immédiatement.

Malgré tout, l'action d'Obama divise l'opinion publique. 43% la juge positive et 53% négative (contre 24/73 pour BP), d'après un sondage pour USA Today effectué fin mai.

Problèmes d'image

Obama dispose d'une grande qualité: son calme. Mais face à une catastrophe naturelle et à des images d'oiseaux mazoutés, l'opinion attend un «commander in chief» plus passionné, selon les experts. Interrogé sur CNN, le président a expliqué qu'il était «furieux» mais qu'il ne voyait pas «l'intérêt de hurler». «Il s'agit des gens qui vivent dans le Golfe et qui subissent la catastrophe, et ce que je fais pour m'assurer qu'ils peuvent sauvegarder leur mode de vie. Et cela va être ma principale préoccupation dans les semaines et les mois à venir», explique-t-il, annonçant un report de son voyage en Australie pour se consacrer à la gestion de la crise.

En matière de communication, chaque détail compte. Sur la chaîne conservatrice Fox News, le président s'est fait critiquer pour ses «fancy pants» (pantalon chic) lors de sa visite sur une plage de Louisiane.

Sur le fond: limité par une loi

S'il se décharge beaucoup sur BP, laissant l'entreprise britannique tenter de boucher la fuite, il ne fait que respecter la loi passée après la catastrophe de l'Exxon Valdes (sur le principe de «pollueur, payeur»). Certains à droite estiment cependant qu'il pourrait court-circuiter BP en invoquant un autre texte et envoyer l'artillerie lourde sur place. D'autres rétorquent que les compagnies pétrolières disposent des meilleurs experts pour ce type de mission. Du côté de l'administration, on se défend en expliquant que les garde-côtes ont été mobilisés immédiatement et les effectifs envoyés sur place ont été triplés fin mai.

Obama trouve cependant un soutien surprenant du côté de la femme de George W. Bush: «Je pense qu'ils font tout ce qu'ils peuvent. Tout comme mon mari pendant Katrina», affirme Laura. Pour l'instant, l'étendue des dégâts pour Obama reste inconnue. Verdict en novembre, avec les élections de mi-mandat.