Fusillade: la police britannique explore toutes les pistes

DECRYPTAGE Problèmes financiers, querelle familiale, différend professionnel, les motivations de Derrick Bird sont examinées à la loupe par les enquêteurs...

Bérénice Dubuc

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Des experts médico-légaux examinent l'une des scènes de crime de la fusillade mortelle déclenchée par Derrick Bird à  Whitehaven, le 2 juin 2010.
Des experts médico-légaux examinent l'une des scènes de crime de la fusillade mortelle déclenchée par Derrick Bird à Whitehaven, le 2 juin 2010. — REUTERS/David Moir

Mercredi, Derrick Bird a tué 12 personnes et fait 11 blessés au cours d'une attaque meurtrière dans la région des Lacs en Grande-Bretagne. 20minutes.fr fait le point sur les informations qui ont filtré…

Où en est l’enquête?

La police a identifié 8 des 12 victimes, et indiqué que Derrick Bird avait un permis pour chacune des armes – un fusil de chasse et un fusil à lunette - qu’il a utilisées lors de la tuerie. Elle a aussi annoncé que le meurtrier n’avait pas de problèmes mentaux connus, et que son casier judiciaire était vierge, à l’exception d’un délit mineur. En 1990, il a été condamné à 1 an de prison avec sursis pour vol sur son lieu de travail. Il était alors menuisier à la centrale nucléaire de Sellafield.

Les enquêteurs tentent désormais de découvrir si le tireur a agi au hasard, ou s’il a choisi de tuer certaines personnes (notamment son frère jumeau, David Bird, et Kevin Commons, l’avocat de la famille) en fonction d’un motif précis, qui pourrait être la rancune, a indiqué l’inspecteur en chef Iain Goulding. «Au vu des premières informations, nous pensons qu’il y a eu une combinaison des deux», a-t-il ajouté.

Qu’est-ce qui a motivé le tireur?

Plusieurs de ses proches indiquent qu’il devait une forte somme aux impôts et craignait d'aller en prison. Le service des impôts menait en effet une enquête sur ses comptes, après avoir détecté une somme de 60.000 livres (72.000 euros) non déclarée sur son compte, selon Mark Cooper, un collègue de travail et ami depuis 15 ans.

Selon plusieurs journaux, dont le Telegraph, Derrick Bird comptait sur le testament de sa mère, qui est toujours en vie mais est atteinte d’une maladie incurable, pour rembourser les impôts. Mais il aurait appris la semaine dernière que l'essentiel des biens de celle-ci devait revenir à son frère jumeau, David. Derrick Bird a tenté de faire invalider le testament, sans succès: le tribunal l’a débouté.

Selon le tabloïd The Sun, Derrick Bird était persuadé que son frère l'avait dénoncé aux impôts et que l'avocat de la famille Kevin Commons avait formulé le testament à son désavantage.

Une dispute?

Les médias britanniques croient savoir qu’une dispute a éclaté entre les deux frères la veille de la fusillade. Une cousine, Joy Ryan, interviewée sur BBC Radio 5 Live, raconte que «Birdie» avait découvert que son père avait donné 25.000 livres (30.000 euros) à son frère avant sa mort. Cependant, les trois filles du frère jumeau affirment qu’il n’y a eu «aucune querelle familiale».

Parmi les victimes de «Birdie» figurent également des collègues de travail. Certains proches avancent qu’il s’était disputé avec d’autres chauffeurs de taxi de sa société, les accusant de lui voler des clients, le soir précédent, quittant les lieux en les avertissant: «Il va y avoir du grabuge demain.»

Comment s’est déroulée la fusillade?

La police ne sait pas encore à quelle heure précise a été tué l'avocat de la famille Bird, Kevin J. Commons, 60 ans. Cependant, il pourrait être la première victime de «Birdie»: une voisine a vu le taxi vers 5h30 locales (6h30 heure française) jeudi matin stationner devant la maison de l’avocat, à Frizington.

Les enquêteurs pensent que Derrick Bird a quitté son domicile de Rowrah vers 10h. Il s’arrête d’abord à Lamplugh , où il tue son frère jumeau, puis se dirige vers Whitehaven, où il ouvre le feu sur trois chauffeurs de taxi. L’un d’eux est tué, un autre est blessé, mais parvient à se mettre à l’abri. A 10h30, l’alarme de la ville retentit, tous les habitants sont invités à se réfugier chez eux ou à l'intérieur d'un édifice.

Derrick Bird reprend alors son taxi et roule vers le sud du comté de Cumbrie, tirant, apparemment au hasard, sur les gens qu’il croise à Egremont, Wilton, Gosforth et Seascale. Il vise à chaque fois à la tête, selon un directeur de l’hôpital de West Cumberland. Son corps est découvert à plus de 30 km de Whitehaven, dans les bois près du hameau de Boot, vers 13h40.

La police aurait-elle pu être plus rapide?

Ce vendredi, des critiques commencent à être formulées à l’encontre de la police de Cumbrie. Certains estiment que, si elle avait été plus efficace pour arrêter «Birdie», il n’y aurait pas eu 12 morts. L’alerte au tireur fou a en effet été donnée à 10h30, mais la police ne l’a pas retrouvé avant 13h40, malgré un hélicoptère qui survolait le comté à la recherche de son taxi.

Les travaillistes ont avancé que le peu d’agents de police de la région n’auraient peut-être pas été assez suffisant pour faire face à un tel événement. Le Premier ministre, David Cameron, et la ministre de l'Intérieur, Theresa May, sont attendus sur place ce vendredi, et doivent s’entretenir avec les enquêteurs.