Regards croisés sur l’attentat qui a visé Charles de Gaulle

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Général et directeur de la Fondation Charles de Gaulle et fille de Jean-Marie Bastien-Thiry, auteure de Mon père, le dernier des fusillés (Michalon, 2005). Le 22 août 1962 au Petit-Clamart, Charles de Gaulle échappe à l’attentat commandité par Jean-Marie Bastien-Thiry, partisan de l’Algérie française. Ce soir, à 20 h 55, TF1 propose un docu-fiction, Ils voulaient tuer de Gaulle, film qui vise, selon Charles Villeneuve, son coproducteur, à restituer « les points de vue dans leur diversité ». Mission accomplie ? Etes-vous satisfaits que TF1 se penche sur cet épisode de l’histoire ? François Kessler Il est toujours bon que les médias évoquent la vie de De Gaulle hors des grandes commémorations... C’est d’ailleurs un sujet porteur : Bernard Stora vient de tourner dans notre Fondation une partie de son film Le Grand Charles, programmé au printemps 2006 sur France 2. Agnès Bastien-Thiry La télé a très peu parlé du Petit-Clamart. C’est formidable qu’on revienne sur le sujet. Plus personnellement, le film m’a permis de mettre en images des scènes que j’avais imaginées des dizaines de fois. Une expérience bouleversante. Ce film respecte-t-il la vérité historique ? F. K. Alain de Boissieu, gendre du général, était dans la voiture mitraillée. Il témoigne dans le film et a estimé que la reconstitution était de qualité. Dommage en revanche que personne n’indique que Bastien-Thiry aurait été gracié si ses avocats avaient reconnu ses fragilités psychologiques. A. B.-T. La vérité est globalement respectée. Mais mon père est présenté comme un illuminé. Or, c’était un homme réfléchi et posé, qui a été jugé par une justice d’exception. On l’a condamné à mort et fusillé pour un attentat qui n’a fait ni morts ni blessés. Auriez-vous souhaité modifier le scénario ? F. K. Peut-être fallait-il rappeler plus clairement les raisons pour lesquelles de Gaulle n’a pas sauvé la tête de Bastien-Thiry : ce dernier avait engagé des tueurs étrangers, fait tirer sur la femme du général et manqué de tuer les occupants innocents d’une autre voiture. A. B.-T. Mes regrets portent surtout sur la reconstitution du procès. Le comédien Jean-Pierre Michael, qui incarne mon père, lit une déclaration sur un ton enflammé, avec un débit très rapide. Or, un disque a été enregistré pendant le procès. On y entend Bastien-Thiry parler calmement, rationnellement, comme le polytechnicien qu’il était. Recueilli par Dan Israel