Les Pays-Bas veulent dire « nee » au traité

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Paradoxe. A la veille du référendum sur le traité constitutionnel, le Premier ministre des Pays-Bas, Peter Balkenende, s’est dit « très déçu » du « non » français. Ce rejet lui enlève pourtant une épine du pied : son pays ne sera pas le seul réfractaire au traité. Car les Néerlandais s’apprêtent aujourd’hui à dire massivement « nee » à la Constitution. « Même ici à Maastricht, la majorité est contre, alors que notre ville est connue partout grâce à l’Europe », s’excuse le jeune serveur d’un café branché de la petite ville médiévale. Nichée entre la frontière allemande et belge, Maastricht vit à l’heure européenne depuis les lendemains de la guerre, alors que la région était un paradis pour les contrebandiers. « Ensuite c’était le trafic de drogue, se souvient Jos, la soixantaine. Grâce à la collaboration entre les trois pays, la criminalité a baissé », reconnaît-il et dans le doute, il votera oui. « Mais le problème est que nous ne savons trop rien de ce qui se passe à Bruxelles. Tout ça manque de transparence. La plupart des gens ici ont l’impression qu’on décide par-dessus leur tête. » Entre deux gorgées d’Amstel, il rappelle que les Hollandais sont les premiers payeurs de l’Union, alors que l’inflation a sérieusement nui au pouvoir d’achat. « Rendez-nous le florin », s’exclame pour sa part Raymond, convaincu comme la plupart des 16 millions de Néerlandais d’avoir été floué par un florin sous-évalué lors de l’introduction de l’euro. Renate, institutrice, voit surtout s’écrouler un modèle social qui avait fait la fierté des Pays-Bas. Elle profitera de ce premier référendum européen aux Pays-Bas pour dire « non », à son gouvernement, à l’adhésion de la Turquie et à une Europe élargie, « super-Etat » où elle n’aurait plus son mot à dire. Un « non » de la peur, que certains refusent : « Pour l’écologie et contre Bush, je voterai ‘‘oui’’ », affirme Anje, 22 ans, avec un faible espoir que son vote fera pencher la balance. A Maastricht (Pays-Bas), Michaela Findeis

référendum Quelque 11,6 millions de Néerlandais – les citoyens de plus de 18 ans – sont appelés à se prononcer aujourd’hui sur le traité constitutionnel, lors du premier référendum à l’échelle nationale de l’histoire moderne du royaume. Le « non » est crédité de 59 % des voix. Le scrutin est uniquement consultatif. Le Parlement a le dernier mot, mais les principaux partis ont assuré qu’ils tiendraient compte du résultat si la participation dépassait les 30 %, ce qui serait le cas, selon les sondages.