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TAUPEUn ex-ambassadeur américain accusé d’avoir espionné pour Cuba

Etats-Unis : Un ancien ambassadeur accusé d’avoir espionné pour Cuba pendant plus de 40 ans

TAUPEVictor Manuel Rocha, 73 ans, a été arrêté vendredi, accusé d’avoir été une taupe pour le gouvernement communiste de La Havane tandis qu’il grimpait les échelons de la diplomatie américaine
Un drapeau des Etats-Unis (illustration)
Un drapeau des Etats-Unis (illustration) - Marc Serota/AP/SIPA  / SIPA
20 Minutes avec agences

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Victor Manuel Rocha, un ancien ambassadeur américain, est suspecté d’avoir espionné pendant « plus de 40 ans » les Etats-Unis au profit de Cuba, ennemi historique de Washington, a annoncé lundi le ministère de la Justice. L’homme de 73 ans a été arrêté vendredi, accusé d’avoir été une taupe pour le gouvernement communiste de La Havane tandis qu’il grimpait les échelons de la diplomatie américaine, ayant accès à des documents confidentiels et une influence sur la politique étrangère américaine.

Cette affaire est « l’une des infiltrations parmi les plus longues, et touchant à des niveaux les plus importants, d’un agent étranger au sein de l’Etat américain », a fait savoir lundi dans un communiqué le ministre de la Justice Merrick Garland. « Pendant plus de 40 ans, Victor Manuel Rocha a travaillé comme un agent sous couverture de l’Etat cubain », avant qu’une enquête du FBI ne le fasse tomber, a déclaré Merrick Garland à la presse.

Espion depuis 1981

Un document judiciaire rendu public lundi ne mentionne ni une éventuelle rétribution financière qu’il aurait reçue ni un exemple d’information qu’il aurait transmis à Cuba. L’ancien diplomate s’est effondré en larmes lundi lors d’une audience de première comparution dans un tribunal fédéral de Miami, selon le New York Times. Il n’a pas dit s’il comptait plaider coupable ou non coupable, d’après le quotidien américain.

Victor Manuel Rocha a occupé de très hautes positions au sein de la diplomatie américaine. Avant de terminer sa carrière au département d’Etat comme ambassadeur en Bolivie de 2000 à 2002, il a notamment été membre du Conseil de sécurité nationale, organe de la Maison-Blanche, de 1994 à 1995, pendant la présidence de Bill Clinton. Il a aussi été en poste dans de nombreuses ambassades américaines en Amérique latine, dont celle de La Havane, selon un document judiciaire.

Né en Colombie et naturalisé américain, Victor Manuel Rocha a commencé à travailler pour la principale agence de renseignement du gouvernement communiste de Cuba dès 1981, selon l’enquête. Même après avoir quitté le département d’Etat en 2002 au terme d’une trentaine d’années de service, il a poursuivi son travail d’espionnage pour Cuba, d’après le ministère de la Justice. Victor Manuel Rocha a notamment été conseiller pour l’US Southern Command, l’organe qui coordonne les forces armées américaines en Amérique latine, dont Cuba.

« Conséquences de long terme sur la sécurité nationale »

Il a été confondu par un membre de la police fédérale américaine (FBI) qui s’est fait passer, en 2022 et 2023, pour un agent des services cubains de renseignement, selon un document judiciaire. Victor Manuel Rocha s’est rendu, en évitant soigneusement d’être suivi, à un rendez-vous avec ce faux agent cubain, qui cachait micro et caméra pour l’enregistrer. Il a évoqué ses « camarades » à Cuba, demandé au faux agent de liaison d’envoyer ses « chaleureuses salutations » à la direction du renseignement à La Havane ou parlé du « grand sacrifice » que fut pour lui sa vie d’agent secret.

Ce qu’il a fait pendant « près de 40 ans » pour le gouvernement communiste de La Havane est « énorme », « plus qu’un grand Chelem », s’est-il félicité lors d’un second rendez-vous à Miami avec le même agent. L’ancien ambassadeur, vivant à Miami, « faisait toujours référence aux Etats-Unis comme "l’ennemi" et utilisait le mot "nous" pour décrire Cuba et lui-même », a souligné le ministère de la Justice.

Interrogé vendredi par le service de sécurité de la diplomatie américaine, avant son arrestation, il a menti « de façon répétée » et nié avoir rencontré l’agent du FBI sous couverture, relève encore le document judiciaire. Le département d’Etat va « étudier » avec les agences de renseignements les « conséquences de long terme sur la sécurité nationale » de cette affaire, a déclaré lundi son porte-parole Matthew Miller.

Deux ennemis

De nombreuses affaires d’espionnage ont émaillé les relations entre les deux pays, ennemis depuis la révolution communiste à Cuba en 1959, en pleine guerre froide. En 2001, Ana Montes, analyste des services de renseignement militaires, avait été arrêtée pour espionnage, reconnaissant avoir recueilli du renseignement pendant près d’une décennie pour Cuba. En 2010, le diplomate américain Kendall Myers avait été condamné à la prison à vie, reconnu coupable d’avoir espionné pendant trente ans en faveur de La Havane.

La CIA, de son côté, a tenté à de nombreuses reprises d’assassiner des dirigeants cubains, après l’échec du débarquement dans la baie des Cochons en 1961. Cuba est soumise à un embargo des Etats-Unis depuis 1962 et figure encore sur sa liste des pays soutenant le terrorisme.

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