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ConflitDans le sud d'Israël, les ultra-orthodoxes dansent pour la victoire

Guerre Hamas - Israël : Dans le sud, les ultra-orthodoxes dansent pour la victoire de leurs soldats

ConflitVendredi, sept bus de Chabad s’activaient dans le pays pour apporter des vivres aux soldats israéliens
An Israeli soldier flashes a V-sign from an armoured personnel carrier (APC) as they head towards the Gaza Strip border in southern Israel, Saturday, Oct. 14, 2023. (AP Photo/Ariel Schalit)/XOB107/23287382068089//2310141240
An Israeli soldier flashes a V-sign from an armoured personnel carrier (APC) as they head towards the Gaza Strip border in southern Israel, Saturday, Oct. 14, 2023. (AP Photo/Ariel Schalit)/XOB107/23287382068089//2310141240 - Ariel Schalit/AP/SIPA / SIPA
20 Minutes avec AFP

20 Minutes avec AFP

Des chars israéliens tirent à cadence régulière près de Sdérot, dans le sud d’Israël, contre la bande de Gaza quand arrive en trombe un bus, dont les occupants, ultra-orthodoxes, sortent en dansant. Leur but, rendre leurs soldats « heureux » et victorieux.

Le contraste est saisissant entre le véhicule coloré du mouvement hassidique Chabad, dont la sono hurlante crache « qu’Israël est sûr », et la scène de guerre se déroulant en contrebas.

Six chars, abrités derrière des tranchées creusées sur un terrain agricole, font tonner, dans un grondement assourdissant, leurs canons. Juste derrière une colline et invisibles de la route, d’autres engins les relaient à haute fréquence.

Vin, bougies et pain

La demi-douzaine d’ultra-orthodoxes, tous vêtus d’un pantalon noir et d’une chemise blanche, assistent au spectacle avec une grande joie. Tout comme la passagère d’un 4X4 quelques mètres plus loin, qui se prend en selfie avec les tanks en arrière-plan.

« Bien », s’égosille l’un d’entre eux à plusieurs reprises, alors que le sol tremble quand les obus déchirent l’air. Deux de ses compagnons partent ensuite donner de petits sacs plastiques à deux soldats venus à leur rencontre, qui les refusent poliment. A l’intérieur, du vin, des bougies ou encore du pain pour célébrer le Shabbat, le repos juif hebdomadaire, célébré du vendredi au samedi soir.

Riposte sanglante

Le 7 octobre, des centaines de combattants du Hamas venus de la bande de Gaza avaient justement attaqué le sud d’Israël pendant Shabbat, tuant plus de 1.300 personnes, la plupart des civils, et faisant près de 150 otages, que le mouvement islamiste palestinien a menacé d’exécuter.

« Dans la Bible, il est écrit que si quelqu’un vient de tuer, tu dois d’abord le tuer. (…) Maintenant, tout le monde le comprend. C’est un consensus, du Nord au Sud, de droite comme de gauche, que le Hamas doit disparaître », explique Levi Reinitz, du mouvement Chabad, ou Loubavitch, l’un des groupes juifs ultra-orthodoxes les plus importants au monde.

Pour les civils palestiniens, « la vie sera bien meilleure après le Hamas », poursuit l’homme à la barbe fournie. La riposte israélienne se fait toutefois dans le sang. Près de 1.900 Palestiniens, dont 614 enfants, parmi lesquels de nombreux civils, selon les autorités locales, sont morts dans la bande de Gaza, petit territoire pauvre, en état de siège et pilonné sans répit.

Gaza « en enfer »

« Nous ne tirons pas sur des civils, mais sur des terroristes », affirme un soldat réserviste qui refuse de communiquer son nom. Alors que les attaques du Hamas ont sidéré l’ensemble de la population israélienne, dont une immense majorité soutient la riposte de son armée, les ultra-orthodoxes rencontrés par l’AFP semblent peu se soucier du sort des civils palestiniens.

Les habitants de Gaza « peuvent aller en enfer », affirme à l’AFP Avraham Levi, une fois reparti le bus de Chabad, surnommé « Mitzvah tank », la mitzvah étant un précepte du judaïsme.

« C’est une revanche pour toutes les choses qu’ils nous ont faites. Pour le millier de personnes qu’ils ont tuées », poursuit ce grand barbu de 19 ans. « Peu importe combien de personnes nous tuerons de leur côté, nous sommes heureux. »

« Tout le monde est religieux »

Vendredi, sept bus de Chabad s’activaient dans le Nord d’Israël, où Israël craint une éventuelle attaque du Hezbollah libanais, mais surtout dans le Sud, où une offensive d’envergure des forces israéliennes est annoncée. Celui suivi par l’AFP a fini par délivrer des centaines de sacs de victuailles et d’équipements pour le Shabbat à un réserviste, Yishai Cohen, dans une ville voisine.

« Leur présence est vraiment importante », a estimé ce soldat, lui-même religieux, une kippa sur la tête. Alors que les ultra-orthodoxes n’effectuent en majorité pas leur service militaire, ce qui génère d’intenses polémiques en Israël, leurs danses, musiques et prêches « renforcent notre esprit, nous rendent heureux, et rechargent nos batteries. »

Ses compagnons d’armes plus séculiers partagent ses sentiments, assure-t-il. « Dans le combat, il n’y a pas d’athéisme » en Israël, estime ce cuisinier dans le civil. « Tout le monde est religieux. »

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