Mort de Mahsa Amini en Iran : Un an après le « déclencheur », la lutte s’est « transformée »

un an après La mort de l’étudiante iranienne de 22 ans, arrêtée par la police pour avoir mal ajusté son voile, avait ému le monde et soulevé le pays. Après une répression féroce, un nouvel embrasement est-il possible dans la foulée de cette date anniversaire ?

Octave Odola
Une femme iranienne rajuste le foulard qui lui cache les cheveux à Téhéran, mardi 5 septembre 2023.
Une femme iranienne rajuste le foulard qui lui cache les cheveux à Téhéran, mardi 5 septembre 2023. — AFP
  • Le 16 septembre 2022, Mahsa Amini, une étudiante iranienne, mourrait trois jours après son arrestation par la police des mœurs, qui lui reprochait d’avoir mal mis son voile.
  • La mort de la jeune femme de 22 ans a embrasé le pays. Les nombreuses manifestations ont provoqué une répression féroce du régime, avec près de 500 morts.
  • Mariam Pirzadeh, journaliste spécialiste de l’Iran et rédactrice en chef à France 24, et Thierry Coville, chercheur à l’Iris, livrent leurs éclairages, un an après un drame à la résonance mondiale.

Samedi sera un jour férié en Iran, et difficile de ne pas y voir un symbole. Les Iraniens vont commémorer le martyr du religieux Reza, le huitième imam chiite, mort en 818. Son mausolée repose à Mashhad, à l’est du pays, dans l’une des plus grandes mosquées du monde. À près de 16 heures de route de là, au Kurdistan iranien, la tombe d’une autre martyre, civile cette fois, sera particulièrement surveillée. Un an après la mort de Mahsa Amini, arrêtée par la police des mœurs pour un voile mal ajusté, le pouvoir veut éviter la reprise de l’embrasement qui avait gagné tout le pays le 16 septembre 2022.

Aucun évènement n’a été annoncé pour marquer le premier anniversaire de la mort, habituellement célébré chez les musulmans. D’autant que le président, Ebrahim Raïssi, a menacé : « Ceux qui entendent abuser du nom de Mme Amini pour créer de l’instabilité dans le pays » paieront un « coût élevé ». Des paroles qui résonnent gravement alors que la répression du régime consécutive aux manifestations de l’an dernier a fait plus de 500 morts.

Des arrestations en amont pour prévenir de nouvelles manifestations

« Les proches de Mahsa Amini sont réduits au silence. Ils ne peuvent pas appeler à se réunir, ne peuvent pas parler à la presse. Des chars sont déployés, ce n’est plus une présence policière mais militaire » pour empêcher tout rassemblement, indique Mariam Pirzadeh, journaliste spécialiste de l’Iran et rédactrice en chef à France 24.

« La famille de Mahsa Amini fait face à d’énormes pressions (l’oncle de l’étudiante a été arrêté). Ils veulent faire une commémoration et ont prévenu qu’ils ne voulaient pas de violence, précise Thierry Coville, chercheur à l’IRIS et auteur du livre L’Iran, une puissance en mouvement (2022). Pour empêcher les rassemblements et anticiper, le régime a procédé à des arrestations préventives. Un chanteur a été arrêté, des professeurs démis de leurs postes. »

Un an après le drame qui a touché l’étudiante de 22 ans, ému la communauté internationale et indigné le pays, la vague de contestation « Femme, Vie, Liberté » qui en a découlé n’a pas été engloutie par la féroce répression du régime. « Beaucoup de femmes ont décidé de retirer leur voile. Elles se retrouvent soumises au jugement arbitraire des policiers. Certains laissent passer, d’autres les arrêtent, précise Mariam Pirzadeh, Franco-iranienne régulièrement en contact téléphonique avec des femmes vivant sur place. Le pouvoir planche sur un arsenal législatif pour durcir les peines, bloquer les comptes en banque des femmes, les sanctionner encore plus ».

Vers une résurgence des protestations violentes ?

Passé la fièvre des affrontements meurtriers entre manifestants et forces de l’ordre, le combat consécutif à « la crise politique la plus marquante depuis la révolution islamique » s’est transfiguré. « La lutte s’est transformée. C’est devenu un combat de basse intensité où les femmes risquent gros. Sortir sans le voile, c’est complètement nouveau. L’idée, c’est de dire au régime : 'Ne croyez pas que nos revendications ont disparu' », analyse Thierry Coville.

Le contexte, la date anniversaire, la répression… La fermentation de tous ces ingrédients peut-elle favoriser une résurgence de la révolte de septembre 2022 ? « Difficile de se prononcer fermement sur la question, élude le spécialiste. On peut tout de même lister plusieurs éléments : une société aux idéaux modernes à l’opposé de la pensée des ultraconservateurs et une crise économique avec près de 45 % d’inflation. Les facteurs existent, mais pour l’heure ils ont arrêté de se traduire en émeutes ».

Pour Mariam Pirzadeh, la mort de Mahsa Amini a joué le rôle de « déclencheur » en vue de nouvelles mobilisations. « La colère de beaucoup d’Iraniens est décuplée à chaque exécution, à chaque condamnation. Beaucoup ont plus peur des arrestations, avec des interrogatoires violents ou la torture, que de la mort ».